Les premières décisions de la nouvelle municipalité surprennent… et inquiétent ! Moins de trois mois après le dégagisme qui a plané sur notre ville, on aurait pu s’attendre à ce qu’elle commence à s’attaquer de front aux problèmes des Chaumontais et Brottais : la pauvreté qui perdure et s’étend sur la ville, la santé – déserts médicaux, hôpital-, les transports, la gestion de l’eau, les services publics, etc.
Au lieu de quoi, on nous sert l’importance d’un hôtel quatre étoiles (voir article page 3) et un énième psychodrame autour du Signe, Centre national du graphisme.
Que la municipalité saisisse l’occasion d’un changement dans sa représentation au conseil d’administration pour mener un combat douteux contre le Centre national et ses personnels est inquiétant alors que droite et extrême droite, qui lorgnent vers l’Élysée, sortent l’artillerie lourde dès qu’ils entendent le mot culture…
« Il faut se réapproprier le Signe, le rapprocher de la population ». Autant de propos éculés, ressassés cent fois depuis la création du Centre.
Avant d’être posée, cette question ne devrait-elle être précédée d’un état des lieux et d’un bilan précis pour savoir de quoi l’on parle vraiment. Lancer de telles affirmations, reprises dans la presse, peut conduire à l’incompréhension, au découragement et à la colère légitimes de ceux qui œuvrent au quotidien pour valoriser un établissement labellisé Centre d’art contemporain d’intérêt national qui mène une politique de diffusion ambitieuse, qui témoigne de la qualité du travail accompli par le directeur Jean-Michel Géridan et toute l’équipe du Signe.
Un lieu, pour citer André Malraux, « où rendre accessibles les œuvres capitales au plus grand nombre, assurer la plus vaste audience au patrimoine culturel et favoriser la création des œuvres d’art et de l’esprit ».*
Le Signe, dédié au design graphique, possède un fonds de plus de 45 000 affiches anciennes et contemporaines dont il doit assurer la conservation et la valorisation. Il organise expos, ateliers pour enfants, conférences et évènements, avec, ce qui ne gâte rien, une disponibilité et un accueil remarquables.
Dans une ville qui se pose la question des formations supérieures pour attirer des étudiants, le Signe contribue à l’existence d’une licence professionnelle Graphisme, Edition et Typographie et d’un Diplôme Supérieur d’Art Appliqué design graphique et médiation culturelle au Lycée Charles de Gaulle. La Biennale internationale est un évènement phare du graphisme dans le monde. C’est un temps fort pour Chaumont qui retrouve ainsi un air de jeunesse.
Parler de réappropriation du Signe par les Chaumontaises et Chaumontais, pourquoi pas. Mais ne serait-il pas utile que la nouvelle équipe municipale commence à se l’approprier…
Richard Vaillant
* Extraits de l’intervention d’André Malraux lors de l’inauguration de la première Maison de la Culture au Havre.
