Une plainte du député de Haute-Marne Christophe Bentz contre des journalistes de Libération, pour injures et diffamation, a été discutée lors d’une récente audience du tribunal correctionnel de Chaumont. L’élu d’extrême droite reproche au média national de l’avoir classé, aux dernières législatives, parmi les candidats racistes. L’affaire a été mise en délibéré et le jugement sera rendu le 23 juin prochain. Nous serions étonnés tout de même que le tribunal entre en voie de condamnation.
La première raison tient au fait que les journalistes ont étayé leur propos. Ils se sont servis des propres écrits de M. Bentz dans un livre qu’il a fait publier en 2011. Il y entendait faire une distinction entre différentes races et renvoyait éventuellement vers des scientifiques pour les hiérarchiser. Pour lui, faire l’apologie de la race, ne serait pas du racisme. Alors que, justement, prétendre qu’il existe des races inégales entre-elles, est une définition même du racisme.
Mais quand bien même les journalistes n’auraient pas fourni les preuves tangibles, l’affaire aurait pu encore se discuter.
On se souvient que Marine Le Pen n’avait pas réussi à faire condamner Jean-Luc Mélenchon quand il l’avait traitée de fasciste. La justice avait considéré que, dans le cadre du débat politique, une large liberté d’expression pouvait être tolérée.
Plus tard, le parti du même Mélenchon a perdu son procès contre Raphaël Enthoven qui l’avait qualifié de «passionnément antisémite». Là encore, bien qu’ayant reconnu que l’intéressé n’apportait pas la preuve de son accusation, le tribunal avait considéré, au nom de la liberté d’expression, que LFI, dont les membres ne mâchent pas leurs mots, pouvait tout de même admettre les propos outranciers d’un polémiste.
Bref ! Au vu des preuves et dans un tel contexte, notre député aurait pu s’abstenir d’encombrer un tribunal qui n’avait pas besoin de cela.
Lionel Thomassin
