Le grand remplacement, fantasme de l’extrême droite

On sait que le sujet de l’immigration est le thème favori de l’extrême droite pour arriver au pouvoir. Elle serait la cause de tout le déclin industriel, économique, social, moral du pays. Supprimerl’immigration amènerait prospérité, santé et bonheur. Diego Chauvet, dans l’Humanité du 21 mai porte la voix de Hervé le Bras, polytechnicien, diplômé de démographie et de mathématiques économiques, qui dans son ouvrage “il n’y a pas de grand remplacement”* dénonce l’imposture. C’est avec des statistiques sociologiques et scientifiques que le chercheur s’oppose aux incantations quasi fanatiques sur l’immigration, mais aussi aux mensonges en matière économiques et d’exploitation au travail.

Y aurait-il « submersion » ? Entre 2006 et 2023, 126 000 entrées en moyenne dont beaucoup, comme des étudiants, des demandeurs d’asile repartent dans leurs pays. Quand au concept du « grand remplacement », il n’a pas de sens. En étudiant les généalogies de chacun, tout le monde a des immigrés dans son ascendance, donc agiter cet épouvantail repose sur des critères raciaux et non politiques ou sociologiques. Et ce n’est pas un sujet nouveau. Historiquement, l’extrême droite s’est attaquée à l’immigration polonaise et italienne avec les mêmes arguments sur la religion, la culture, les coutumes.

L’immigration a un rôle démographique majeur et bénéfique

L’immigration représente une main-d’œuvre importante dans des métiers en tension, le patronat pratiquant l’exploitation de milliers de sans-papiers. Il s’est d’ailleurs élevé contre le risque de ne plus pouvoir recourir à cet esclavagisme. Economiquement, la France ne peut se passer de cette main-d’œuvre qui accepte des métiers difficiles et dangereux, mais pas à n’importe quel prix ! La solution serait de régulariser ceux qui travaillent déjà, souvent qualifiés, solution pour une intégration humaniste et positive, comme le fait l’Espagne. Quant au regroupement familial, désigné comme un foyer à problèmes, il ne représente qu’une part infime de l’immigration.

Sans immigration depuis 1945, la France compterait 7 millions de personnes en moins, les décès dépassant aujourd’hui les naissances et avec une émigration de diplômés. L’immigration a donc un rôle démographique majeur et pas forcément coûteux, nombre d’arrivants étant déjà formés comme en médecine, par exemple.

Quel serait donc l’intérêt pour le RN d’exploiter de façon manichéenne le phénomène de l’immigration ? Partant de l’observation sur 7 pays européens, Hervé le Bras constate que moins il y a d’immigrés, plus on vote RN. La xénophobie ne serait donc pas une question de voisinage mais d’éloignement. Si une population maltraitée vote en fonction de ses difficultés sociales, elle est vite séduite par les idées du RN qui, avec obscurantisme, mensonges, double langage politique exploite tous les fantasmes que favorise l’éloignement des populations.


Pour preuve, les résultats élevés du RN dans les zones rurales, sans présence d’immigré-es contrairement à ceux des villes, plus denses en immigré-es, constat vérifiable en Haute-Marne.

Louis Laprade

  • « Il n’y a pas de grand remplacement » Hervé Le Bras. Grasset
  • HERVÉ LE BRAS, né le 6 juin 1943 à Paris, est un démographe et historien français, chercheur à l’Institut national d’études démographiques et enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales.