En 1945, Henry Miller publiait « Le cauchemar climatisé », le récit de la vision désenchantée d’une l’Amérique standardisée, mercantile, moche, irrespirable, 80 ans après, nos stratèges politiques, RN en tête, toute flamme dehors, sous le coup d’une énième canicule ont une illumination : la clim partout.
La clim est nécessaire toute l’année dans des lieux collectifs : les hôpitaux, les centres de soins, certaines industries, dans des lieux de travail, les écoles les plus exposées, les lieux à forte occupation, les transports collectifs etc…
Elle fonctionne grâce à des machines énergivores, nécessitant de la maintenance, contenant des gaz frigorigènes à fort pouvoir de réchauffement global. Ils participent au réchauffement climatique, pour les fluides les plus anciens, jusqu’à 2000 fois plus que le CO2 issu de la combustion des produits fossiles.
Heureusement sous la pression des réglementations environnementales, les industriels ont fini par trouver des gaz plus vertueux après nous avoir infligé par leur lobbying les gaz les plus polluants.
Climatiser des logements inadaptés, les bouilloires thermiques, revient à tenter de remplir une baignoire percée. Ces logements occupés par les classes sociales les plus précaires seront équipés de machines bas de gamme, à faible performance, bruyantes, énergivores.
Avant de penser à climatiser les logements, il faut d’abord rénover, isoler, équiper de protections solaires. Bref, boucher les trous de la baignoire.On s’apercevra alors qu’il n’est sans doute plus nécessaire de climatiser, et on pourra se concentrer sur les équipements collectifs.
Le problème de l’adaptation au réchauffement climatique et de la baisse indispensable des émissions de gaz à effet de serre est trop complexe pour les populistes qui préfèrent les solutions simplistes de court terme, même si elles sont délétères in fine.
La solution du tout clim est une aberration qui coûterait une fortune en consommation électrique des ménages, mettrait à plat nos réseaux de distribution et de production et nous éloignerait encore des objectifs de baisse des émissions en augmentant le réchauffement de la planète. Cette équation ne monte pas au cerveau des populistes, pas plus expert en science du climat qu’en justice sociale.
Faire baisser les émissions de gaz à effet de serre en réduisant la fracture sociale doit être la boussole dans nos choix sociétaux et industriels.
Ce n’est certes pas le choix de la droite et de l’extrême droite.
Loïs Darien
