Du jamais-vu en France. L’ampleur de la répression du mouvement lycéen, orchestrée par le gouvernement depuis deux semaines, est entrée dans l’histoire. Entre le 28 septembre et le 5 octobre, la chancellerie a dénombré près de 6 100 interpellations, conduisant à plus de 5 000 gardes à vue, dont 87 % concernent des mineurs. Ces chiffres vertigineux dépassent ceux de tous les mouvements précédents : gilets jaunes, retraites, CPE et même Mai 68 !
La frénésie punitive d’un pouvoir aux abois
Cette démesure de la réponse policière n’est pas nouvelle sous l’ère Macron. Mais elle n’avait jamais atteint une telle intensité – qui plus est face à des adolescents – avec un ministre de l’Intérieur qui assume, malgré les mutilations de gamins, n’avoir donné « aucune consigne de retenue » à ses troupes.
Cette frénésie punitive est glaçante. Elle est évidemment le symptôme d’un pouvoir aux abois. Depuis une décennie, les gouvernements macronistes, rivés sur leur mantra néolibéral, ont toujours organisé l’étouffement des revendications sociales, en faisant des forces de police leur bras armé, en jouant l’escalade et la confrontation pour mieux diviser, disqualifier et décourager ceux qui osent contester. Les travailleurs en ont déjà fait l’amère expérience. Cette fois, c’est la jeunesse de notre pays, et son aspiration à choisir librement son destin, que ce pouvoir, décidément incapable d’écoute, tente de marquer au fer rouge.
Des lycéens d’une maturité politique remarquable
Pour Emmanuel Macron, ce soulèvement puissant et unanime, qu’il n’a pas vu venir à quelques encablures de la présidentielle, est un terrible aveu d’échec. Le constat désastreux de sa décennie à l’Élysée. En revanche, pour tous les progressistes, ce réveil de la génération 2026 est un formidable espoir. Ayant grandi dans la peur des attentats, l’angoisse du Covid et de la planète en surchauffe, l’individualisme galopant et le matraquage des névroses xénophobes, ces lycéens se révèlent d’une maturité politique admirable.
Conscients des enjeux d’égalité et de solidarité, désireux de prendre leur avenir en main. C’est cet éveil citoyen que ce pouvoir en panique tente d’éteindre sous une pluie de lacrymos et de gardes à vue. Peut-être parviendra-t-il à rassurer ses soutiens réactionnaires. Mais, pour tous les autres, il ne fait que creuser un peu plus son discrédit.
Laurent Mouloud
Rédacteur en chef de l’Humanité
