Dans quelle démocratie une députée, candidate à la présidentielle, peut-elle se permettre de placer une cible dans le dos de journalistes en leur suggérant de porter des gilets pare-balles ? C’est pourtant ce qu’a fait Marine Le Pen en conseillant à la rédaction de Mediapart un « costard en Kevlar ». Faut-il rappeler ce que peut produire ce genre de menaces contre des journalistes, après les drames de 2015 en France ?
Cette charge contre la liberté d’informer n’est pas l’affaire des seuls journalistes. Elle touche aux principes fondamentaux de l’État de droit, que l’extrême droite, si elle parvenait au pouvoir, tenterait d’annihiler. Pris la main dans le sac de son antisémitisme, le RN perd ses nerfs.
Entre injures et théories complotistes grotesques, le parti de Jordan Bardella donne un aperçu de la violence dont il est capable. La députée écologiste Léa Balage El Mariky ne s’y est pas trompée en saisissant le procureur de la République au titre de l’article 40, pour « des propos qui ressemblent à des menaces de mort ». Côté camp présidentiel, c’est pour l’instant silence radio.
Les macronistes, garants autoproclamés de la démocratie, si prompts à désigner des ennemis de la République à gauche, ne semblent pas pressés de condamner cette atteinte à la liberté d’informer. Des « irresponsables », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Johann Chapoutot sur le nazisme, qui a si bien décrit cette « petite oligarchie, désinvolte, égoïste et bornée », qui a fait « le pari de l’assassinat d’une démocratie ».
L’imposture du RN sur son antisémitisme notoire levée, reste à en révéler une autre, tout aussi flagrante : son imposture sociale. La châtelaine de Montretout et l’aspirant « prince » de Bourbon des Deux-Siciles ne seront jamais les « protecteurs » des classes populaires qu’ils prétendent être.
Leur mépris de classe et leur programme pour les plus riches doivent être révélés au grand jour de manière aussi efficace. C’est sur ce terrain que le clan Le Pen peut être battu. C’est à cela que l’Humanité s’emploiera dans les mois à venir.
Maud Vergnol
Co-directrice de la rédaction de l’Humanité
