Présenter l’allongement de la durée de travail comme une nécessité économique relève d’une double imposture. D’une part, le chômage massif frappe en premier lieu les seniors : les plus de 50 ans sont massivement exclus du »marché du travail ». D’autre part, la richesse produite par salarié n’a cessé de croître au fil des décennies grâce aux gains de productivité et technologiques, plaçant la France parmi les nations les plus performantes d’Europe.
Vouloir faire travailler plus longtemps des salariés que le marché du travail rejette tout en produisant plus de richesses par tête est un non-sens absolu.
Mais l’erreur de calcul la plus profonde est ailleurs : elle est sociale, civique et démocratique. On oublie que les retraités sont le véritable ciment invisible de notre cohésion nationale. Regardons la réalité des chiffres en face :
Plus de 150 000 élus locaux retraités font tourner la démocratie au quotidien dans nos communes, s’engageant comme maires, adjoints ou conseillers municipaux.
Près de 3 millions de bénévoles de plus de 65 ans portent à bout de bras le tissu associatif, culturel, sportif et de solidarité de notre pays.
Près de la moitié des grands-parents s’impliquent régulièrement dans la garde de leurs petits-enfants, cumulant à eux tous près de 17 millions d’heures de garde par semaine.
Sans cet engagement quotidien des grands-parents pour pallier les carences des services publics et les horaires contraints du salariat, des millions de parents ne pourraient tout simplement pas aller travailler.
Reculer l’âge de la retraite, c’est donc assécher la vie associative, asphyxier la démocratie locale des petits villages et supprimer cette sécurité sociale familiale informelle qui permet à l’économie de tourner.
C’est pour ces raisons économiques, sociales et démocratiques évidentes que la CGT revendique le retour de l’âge de départ à la retraite à 62 ans dans un premier temps (abrogation de la réforme des retraites), puis à 60 ans. Rendre leur temps de vie aux retraités, c’est redonner de l’air à toute la société.
Pascal Pruvot
