Lorsque des heurts se produisent entre policiers et manifestants, c’est toujours l’État, et lui seul, qui définit le niveau de violence. Le curseur choisi par le gouvernement Lecornu pour tenter de tuer dans l’œuf la mobilisation des lycéens en dit long sur le choix continu de la répression comme unique réponse aux revendications sociales, d’où qu’elles viennent.
Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en sait quelque chose, lui qui fut l’un des architectes du schéma de maintien de l’ordre ultra-répressif dirigé contre les gilets jaunes et contre les opposants à la réforme des retraites.
Depuis une semaine, des scènes insoutenables sont filmées aux abords des établissements bloqués. Ici, une jeune fille étranglée par un colosse en uniforme qui, insensible à ses cris de douleur, lui inflige une clé de bras. Là, des adolescents insultés, roués de coups, plaqués au sol par des agents sans brassard ni numéro d’identification. Ailleurs encore, des policiers à cheval jetés à la poursuite de lycéens terrorisés. Bilan : des dizaines de blessés, des centaines d’arrestations.
Voilà le traitement réservé, en cette fin de règne macroniste, à une jeunesse qui demande simplement la possibilité de vivre et d’étudier dignement. La colère qui déborde aujourd’hui dans les lycées et dans les universités ne tient pas seulement à la dégradation inouïe des conditions d’études ces dix dernières années.
Ceux qui sont aujourd’hui dans la rue sont les enfants de ces Français aux salaires bloqués, qui souffrent de la dégradation des services publics et voient leurs budgets grevés comme jamais par l’inflation et la hausse exponentielle des prix de l’énergie.
Cette génération a grandi dans l’effroi de la pandémie de Covid et des confinements ; elle vit aujourd’hui dans l’angoisse du réchauffement climatique, sur fond de guerre et de crise globale affectant directement le quotidien de familles aux fins de mois impossibles à boucler.
Alors que les arbitrages budgétaires dévoilés jeudi pressurent encore les Français pour laisser intacts les privilèges des ultrariches et des entreprises du CAC 40, cette révolte lycéenne et étudiante pourrait bien annoncer une explosion sociale.
Rosa Moussaoui
Rédactrice en chef de l’Humanité
