Police républicaine ?

En cette fin d’ère macroniste, la répression des manifestations lycéennes restera comme un marqueur de la dérive policière. Face à des adolescents, les forces de l’«ordre» ont utilisé les mêmes méthodes barbares que contre les gilets jaunes. Elles ne se sont pas privées de blesser volontairement les manifestants avec des armes qui sont pourtant interdites chez beaucoup de nos voisins.

Mais le pouvoir assume le carnage. Le ministre de l’Intérieur s’en va même claironner sur les ondes qu’il n’a donné aucune consigne de modération.

Dessin de Sylvestre

Pire, de nouvelles méthodes de voyous ont été observées simultanément en différents points de l’Hexagone. Désormais, pour casser les manifs, les policiers foncent avec leurs véhicules sur les groupes de jeunes et ils les poursuivent dans les rues. Mais les flics auteurs de ces rodéos sont rapidement disculpés par les procureurs au prétexte qu’ils ne faisaient que s’extraire d’un encerclement hostile. Version que contredisent pourtant clairement les multiples vidéos de particuliers et de journalistes…

Les policiers piétons n’ont eux aussi rien à craindre. Ceux qui sont en uniforme, cachés par leur casque, retirent le numéro (RIO), pourtant obligatoire, qui permet leur identification. De même, les policiers en civil enfilent des cagoules (pourtant interdites en pareil cas) afin de commettre anonymement toutes sortes d’exactions.

Au final, même lorsqu’elle reconnaît que les forces de l’ordre ont commis des fautes très graves, la justice ne condamne personne au prétexte qu’on ne peut identifier précisément les auteurs.

Le système est bien rôdé. Et si la hiérarchie, qui autorise tout cela, n’est pas sanctionnée, c’est tout simplement parce que l’institution tout entière est sortie du cadre républicain.

Dernièrement, pour aller encore plus loin, le gouvernement a fait voter la présomption d’innocence pour les représentants de l’«ordre» qui causeraient mort ou blessures. Une mesure qui faisait autrefois partie du programme de Jean-Marie Le Pen. On sait par ailleurs qu’aujourd’hui les trois quarts des policiers votent extrême droite.

Tout est prêt en fa it pour qu’en cas d’arrivée du RN au pouvoir, toute contestation puisse être littéralement tuée dans l’œuf. Mais on ne voit pas grand monde actuellement, y compris chez les sociaux-démocrates, pour lutter réellement contre cette dérive antidémocratique. La menace est tellement lourde qu’il faudra bien se demander, au moment de voter, qui sera capable de replacer l’institution dans l’ordre républicain.

Lionel Thomassin