La municipalité de Chaumont ne s’est-elle pas un peu précipitée et un peu perdue dans sa volonté d’imprimer une vision différenciée, rétrécie du Signe, Centre national du graphisme, à l’occasion du changement de gouvernance, ou la décision d’imposer une présidence locale, quelle que soit ses qualités, était-elle pensée et mûrie avec les partenaires institutionnels ? Difficile à dire, mais les différents rebondissements, les déclarations contradictoires, les actes plaident, il faut l’avouer, en faveur d’un manque de connaissances du magnifique objet, outil, vecteur que représente le Signe, de sa labellisation Centre d’art contemporain d’intérêt national, de sa gestion tripartite, Ville, État, Région, de son histoire et de son bilan. Qu’une nouvelle municipalité veuille apporter sa marque et sa volonté d’évolution d’une entité utile au rayonnement de sa ville est légitime, mais que ce soit fait dans un esprit de valorisation, de reconnaissance, d’orientations positives liées à l’objet concerné, ici le Signe et son identité.
Face à l’argument un peu puéril et éculé de la « réappropriation par les Chaumontais », argument passe-partout quand on s’en prend à la culture, proche de l’idée de « culture élitiste », le directeur du Signe, les personnels, d’autres témoins devront-ils sempiternellement répéter le bilan dressé par le président démissionnaire avec lequel nous n’avons aucune attache particulière. « Le renforcement de son ancrage territorial, le succès croissant de ses expositions, les ateliers pour la jeunesse, les biennales attirant des milliers de visiteurs, la reconnaissance nationale (Affranchi 1651) » auxquels il convient d’ajouter la contribution à l’existence de formations supérieures dans les métiers de l’édition et du graphisme au Lycée Charles de Gaulle, la conservation de collections d’affiches générant de nouveaux donateurs dans des conditions impératives de qualité.
Le challenge, déjà bien engagé avant le rappel peu élégant du nouveau maire, est double pour le directeur du Signe, Jean-Michel Guéridan : continuer à élever le niveau de sensibilité, de connaissance, voire de pratique de l’art graphique et dans son histoire et dans son actualité avec toutes celles et ceux qui le souhaitent, animer le rayonnement du Label art contemporain, carte de visite ciselée pour une ville en recherche d’attractivité et qui n’a pas pléthore d’images pour exister sur une place nationale, voire internationale. Ce sont là des signes mobilisateurs à s’approprier.
Louis Laprade
