À l’évidence, Emmanuel Macron, comme le premier ministre, juge plus facile de parler à des influenceurs qu’au pays et à des centaines de milliers de manifestantes et manifestants. Sébastien Lecornu avait réservé à une dizaine d’entre eux la primeur des mesures, très loin du compte, qu’il voulait annoncer pour répondre à la mobilisation des étudiants et des lycéens.
C’est à l’influenceur dénommé Hugo Décrypte que le président de la République, la semaine passée, avait confié cette profonde pensée et cette analyse de haut vol à l’adresse des jeunes : « Retourner en cours, c’est la meilleure manière de préparer son avenir. »
Une sorte de déni de ce qui se passe dans le pays.
« Que d’eau, que d’eau », s’était exclamé le président Mac-Mahon en découvrant en 1875 l’ampleur, alors, des inondations de la Garonne. Et encore, avait remarqué le préfet qui l’accompagnait, « vous n’en voyez que le dessus ». On a bien le sentiment qu’Emmanuel Macron ne voit ou feint de ne voir que le dessus, dans une sorte de déni de ce qui se passe dans le pays. « La meilleure manière de préparer son avenir » ? Mais c’est précisément leur avenir que les lycéens ont pris en main, massivement, de manière spectaculaire avec toute la créativité, le dynamisme que l’on voit dans les cortèges.
Il faut marteler les mots à l’intention du gouvernement, des partis, du centre à l’extrême droite, à l’intention des médias addicts aux feux de poubelle. Ils ne veulent plus des locaux insalubres ou délabrés, ils ne veulent plus des cours non assurés parce que les profs ne sont pas remplacés, ils ne veulent plus d’une sélection qui ne fait que reproduire à l’université les inégalités sociales au profit des couches les plus privilégiées.
Ils veulent un pays, le leur, du partage des richesses et des savoirs. Et s’ils se retrouvent aux côtés des syndicats de salariés, c’est qu’ils ne veulent plus, non plus, des fins de mois des parents qui commencent le 15. Monsieur le président, vous ne voyez ou vous feignez de ne voir que le dessus. Mais ici, en France, comme dans d’autres pays d’Europe, et comme dans la chanson de Bob Dylan, l’eau monte.
Maurice Ulrich
éditorial du journal L’Humanité du 4 novembre 2026
