La menace est sur la table. Brutalement posée par Sébastien Chenu, l’un des plus hauts dirigeants du Rassemblement national. Si son parti accède au pouvoir, la CGT se verra couper les vivres car le syndicat ferait de la « politique politicienne ».
Le fascisme « garde blanche du capitalisme »,
Le crime de Sophie Binet est d’avoir marché ce week-end à Orléans contre le congrès du RN. La menace transpire la vieille haine recuite. L’extrême droite n’a jamais supporté l’organisation indépendante des travailleurs. Dès les années 1920, Antonio Gramsci décrivait le fascisme comme une « garde blanche (en opposition aux rouges – NDLR) du capitalisme, dirigée contre les organismes de classe du prolétariat ».
L’Histoire a illustré cette règle dans le sang. Le 2 mai 1933, les sections d’assaut de Hitler investissaient les sièges syndicaux allemands pour jeter les dirigeants en prison. En Italie, les Chemises noires de Mussolini s’étaient fait les dents en incendiant les bourses du travail. En France, Vichy n’a pas fait autre chose en dissolvant la CGT et la CFTC dès l’automne 1940. Déjà, l’alibi pétainiste consistait à exiger des syndicats qu’ils abandonnent la « politique » pour collaborer avec le patronat.
L’Histoire a illustré cette règle dans le sang.
L’époque récente bégaie la même partition. Donald Trump se pose en défenseur de l’ouvrier déclassé, mais nomme des briseurs de grève aux postes clés. En Hongrie, Viktor Orban a fait voter sa « loi esclavagiste », portant à 400 heures le plafond annuel d’heures supplémentaires. En Argentine, Javier Milei attaque le droit de grève par décret dès les premières heures de son mandat
Le capitalisme en crise s’appuie toujours sur l’extrême droite pour mater le monde du travail. Voilà la véritable cible, l’ADN du RN. Ce que l’extrême droite pardonne le moins à la CGT, ce n’est pas d’être dans la rue. C’est de démonter méthodiquement son escroquerie sociale. Notamment en affichant ses votes à l’Assemblée nationale : refus de l’augmentation du Smic, rejet du gel des loyers, refus de taxer les superprofits. Dévoiler cette duplicité, c’est l’essence même du mandat syndical. C’est la défense concrète et matérielle de ceux qui travaillent et produisent les richesses.
Stéphane Sahuc
Rédacteur en chef de l’ Humanité
