Le chagrin et la révolte

Le chagrin et la douleur se disputent à l’effroi et à la révolte, après l’attentat raciste de Trappes et La Verrière, qui a coûté la vie, vendredi 23 octobre, à un homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, et blessé cinq autres personnes, dont une enfant de 12 ans, criblée de balles. Les premières investigations dans l’enquête ouverte par le Parquet national antiterroriste, pour « assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, nation ou religion », ne laissent planer aucun doute sur le profil du tueur, qui a déclaré sans détour aux policiers avoir voulu s’en prendre aux « Noirs » et aux « Arabes » pour « venger les commerçants » ayant subi des pillages en marge des manifestations du 17 octobre. Les troubles psychiatriques dont il souffrirait n’expliquent pas tout. Lecteur de Mein Kampf, Kevin T. a choisi ses cibles. 

Il a été conforté, dans son entreprise criminelle, par les discours insoutenables qui désignent quotidiennement les immigrés et les Français d’ascendance étrangère comme des intrus, des dangers, des indésirables menaçant l’ordre public, la cohésion sociale et la prétendue « civilisation occidentale ». 

La responsabilité des élites politiques et médiatiques est ici accablante. Chaque jour, les micros se tendent avec complaisance à des responsables de l’extrême droite, dont certains condamnés pour provocation à la haine raciale, qui déversent librement sur le pays leur xénophobie, leur exécration de l’islam, leurs théories du complot. À commencer par le fumeux mensonge du « grand remplacement », que la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, juge compatible avec le « combat politique » et la « liberté d’expression ». 

Des rangs du gouvernement à ceux d’une droite qui n’a plus grand-chose de républicain, des plateaux de CNews aux ondes du service public, la banalisation des idées, de la rhétorique et des obsessions du RN et de Reconquête a installé un climat effroyable, propice à la libération de la parole raciste, avec toute la violence qu’elle peut déchaîner, jusqu’au meurtre, jusqu’à l’assassinat, jusqu’à l’attentat. 

Trappes n’est pas une première, contrairement à ce qu’affirme Emmanuel Macron. Djamel Bendjaballah à Dunkerque, Aboubakar Cissé à la Grand-Combe, Hichem Miraoui à Puget-sur-Argens ont payé de leur vie ce déferlement de haine. La répétition de tels scénarios criminels doit être stoppée. Pour cela, la mise à l’index permanente des « Noirs », des « Arabes », des musulmans doit cesser. 

Rosa Moussaoui 
Rédactrice en chef