Trappes : un assassinat d’extrême droite

L’homme qui a tué une personne et grièvement blessé 5 autres (dont une adolescente de 12 ans), n’a pas tiré au hasard avec son pistolet mitrailleur. Il a lui-même déclaré avoir visé «les noirs et les arabes» pour «venger» les commerçants pillés le 17 octobre.

Or rien ne permet de dire que les casseurs et pilleurs appartiennent à des ethnies précises. On sait juste que les personnes interpellées en flagrant délit sont majoritairement de jeunes Français de 18 à 25 ans, inconnus des services de police.

Mais d’où vient cette histoire de noirs et arabes ? Des réseaux, la fachosphère bien sûr, mais aussi de la droite plus ordinaire. Bruno Retailleau, par exemple, a affirmé qu’il y avait un lien entre l’immigration et les désordres constatés le 17 octobre. Et les déclarations du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, sont assez proches. Il se situe pourtant ici en contradiction avec les remontées de ses services. Pour un esprit faible déjà biberonné au racisme, il n’en fallait certainement pas plus.

Le maire de Trappes, pour sa part, a fait le lien direct avec les insanités proférées par l’extrême droite sur les plateaux de télévision sans être vraiment contredite. Jordan Bardella, par exemple, qui a pu raconter que Trappes était devenue une «République islamiste» et tant d’autres qui ont donné corps (toujours à Trappes) à la théorie du grand remplacement.

On imagine l’effet que ces discours insensés, prophétisant l’anéantissement de notre société, ont pu avoir sur un homme armé, ayant «Mein Kampf» comme livre de chevet et dont les amis disent aujourd’hui qu’il ne jurait que par CNews.

Il est trop facile, comme on tente de le faire aujourd’hui, de limiter les responsabilités à l’«ultradroite». Le racisme et la violence infestent toujours une bonne partie de la droite de l’échiquier politique. Et la porosité entre fascistes et RN n’est plus à démontrer.

À l’inverse, contrairement à ce que droite, macronie et une partie du PS voudraient nous faire croire, l’ultragauche façon «black blocs», qui peut éventuellement brûler une mairie, n’a strictement rien à voir avec LFI. La première tient la seconde pour un ramassis de petits-bourgeois alliés du système. Qu’aurait-elle à voir avec des gens dont le programme est moins à gauche que celui de Mitterrand en 1981 ?

Dans un monde fracturé, où le centre s’est complètement décrédibilisé, Trappes nous rappelle combien il est criminel de diaboliser la gauche humaniste et de banaliser les odieux fantasmes d’une extrême droite qui ne changera jamais.

Lionel Thomassin