Samedi 24 octobre à Chaumont une manifestation a réuni une trentaine de personnes au Boulingrin. Quelques retraités y sont allés. La manif est modeste et bon enfant avec de la musique.
La police est là, soucieuse que pas un orteil de manifestant ne sorte de l’enceinte du parc. Les pancartes expriment tous les sujets actuels de révolte. À un moment donné, cinq ados s’installent sous le kiosque, se renseignent sur le rassemblement dont ils ont une connaissance approximative, et visiblement, c’est le hasard qui les a conduits là.
On entend qu’ils viennent de la Rochotte, téléphonent à des copains. Soudain, sans que rien ne le justifie, trois policiers se détachent et contrôlent leur identité. C’est un peu la sidération chez tout le monde ! Pourquoi ? Pourquoi eux ? Des protestations fusent. Rien ne justifie ce contrôle qui laisse un sentiment de défiance et d’injustice, en l’occurrence. Les jeunes s’y prêtent, blasés, dociles. L’un d’eux me confiera, « c’est tous les jours comme ça ».
Une imposture journalistique.
On en restera là et, malgré tout, la manifestation se déroulera jusqu’à la gare. Les ados essayent bien d’y mettre du leur, mais tout est géré.

De cette manif, le Jhm va titrer sur son site internet les policiers sécurisent la manif infiltrée par les Batavia. Diantre, on l’a échappé belle. À quoi rime ce titre sinon être dans le discours dominant du maintien de l’ordre dans une ville où jamais aucune manif n’a débordé, où la délinquance est en baisse et où visiblement on le regrette.
D’abord, à nos oreilles, c’est vrai, le mot « infiltration » a une résonance un peu particulière et peut nous inquiéter. Avec nos dos en marmelade, nos genoux qui trébuchent et nos hanches en carton, infiltration évoque une longue aiguille chargée d’un liquide magique qui doit nous soulager ! Mais pas pendant une manif !
Dans la littérature, les premiers exemples d’infiltrés concernent la police qui s’introduit clandestinement dans des groupes pour tirer des informations, pervertir des actions, obtenir des renseignements, provoquer des désordres comme dans les manifs actuelles. Pointer les Batavia, déjà pas mal chargés d’actes délictueux dans la cité, les soupçonner d’être pratiquement « d’ultra gauche », il fallait y penser. Pour une fois que ce n’est pas la faute à Mélenchon ! Mais plus insidieusement, c’est distiller dans l’opinion publique l’idée qu’à Chaumont aussi, des « racailles » pourraient profiter du mouvement social et syndical pour « casser ». Ça c’est de l’infiltration du Jhm dans nos esprits !
C’est une imposture journalistique. On touche le fond de la désinformation.
Un ami me disait, on a du maintien de l’ordre de sous- préfecture, mais on a le journalisme qui va avec.
Louis Laprade
