Antisémitisme : pourquoi le RN s’enferre…

Des documents retrouvés par Mediapart montrent que l’actuel président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a tenu des propos antisémites lorsqu’il avait 17 et 18 ans. On aurait pu s’attendre à ce qu’il plaide l’erreur de jeunesse. Nous
n’aurions pas été dupe. Mais la droite et une partie du centre, qui tiennent furieusement à dédiaboliser l’extrême droite, auraient admis l’idée qu’il aurait pu se laisser influencer par de mauvaises relations et qu’il faudrait le croire s’il disait qu’il
avait changé.

Sauf que ça ne colle pas avec l’image de celui qui a déjà écrit ses mémoires et qui a fait de la précocité de son engagement, son principal atout. Il a donc décidé de nier, connaissant pourtant la pugnacité et les ressources des journalistes de Mediapart. Question d’ego ! Soit ! Mais pourquoi Marine Le Pen et tout l’appareil du RN le suivent-ils dans ce délire ?

En fait, l’enquête journalistique va bien au-delà du simple cas de Bardella. Elle montre qu’au sein du parti le jeune militant a pu (et pourrait certainement encore) baigner dans un environnement excessivement raciste et antisémite. Dans ses déclarations d’alors il se félicite d’ailleurs d’évoluer dans un parti qui conserve, cachées en interne, toutes ses obsessions d’extrême droite très basiques, tout en livrant, vers l’extérieur, un message mensongèrement rassurant. Quel aveu !

Le RN ne pouvait pas laisser passer cela. Il lui apparaît donc plus simple de prétendre que les articles de Mediapart reposent sur des faux grossiers.

Depuis, le journal a apporté des preuves. Et il en fournira autant qu’il faudra. Il s’est passé plus de deux mois entre le moment où il a obtenu les informations et celui où il les a publiées. C’est le temps qu’il lui a fallu pour s’assurer de la véracité, accumuler les éléments probants et même les faire constater par huissier.

La seule porte de sortie de Bardella et du RN est de porter plainte, de crier au complot et d’instiller le doute (avec l’aide de médias comme CNews), en espérant pouvoir jouer les équilibristes jusqu’à l’élection présidentielle.

Il est probable, en effet, que le procès ne se tiendra pas avant le scrutin. Reste à savoir si, en attendant, les journalistes politiques ordinaires continueront à jouer les autruches ou s’ils feront enfin leur boulot en prenant les preuves d’antisémitisme en considération.


Lionel Thomassin