Quelque chose de pourri (3)

Suite du feuilleton : après la scandaleuse manipulation du ministre de la justice Darmanin cherchant à nommer magistrate Rachida Dati juste avant son procès pour corruption et trafic d’influence ; après la plainte judiciaire très anti- démocratique du Premier ministre Lecornu, n’acceptant pas qu’un journal publie des informations vraies sur le montage de son budget ; voici cette semaine «les barbouzeries» du ministre de l’intérieur Nunez.

Le magazine télévisé «Complément d’enquête» a révélé que le premier responsable des forces de l’ordre avait partagé de fausses informations sur Rima Hassan. La députée européenne LFI était alors placée – à grand fracas – en garde à vue pour «apologie du terrorisme» et il se racontait qu’elle était, en plus, porteuse de drogues. Laurent Nunez a tout simplement confirmé la rumeur auprès de journalistes rencontrés dans un train.

Il se défend en prétendant que les journalistes savaient déjà tout. En réalité, ils n’étaient sûrs de rien. La plupart n’auraient probablement rien diffusé si le ministre n’avait pas avalisé ce qui allait s’avérer être une « fake news ».

Mais le pire se situe dans toute la genèse de cette histoire.

Rima Hassan subit un véritable harcèlement judiciaire. Un lobby pro-israëlien analyse chacune de ses interventions et saisit la justice chaque fois qu’il prétend trouver un mot problématique. Pratiquement convoquée à chaque fois. Or, jusqu’à présent, elle a toujours été mise hors de cause ; soit tout de même une quinzaine de fois.

Pour l’affaire qui nous intéresse ici, il lui est reproché d’avoir retwité un post, au contenu parfaitement acceptable, d’un japonais appelant à la résistance des Palestiniens. Sauf que l’auteur était un ancien terroriste, co-responsable d’un massacre à Tel Aviv dans les années 70.

Face aux réactions, Rima Hassan l’a retiré dans l’heure qui a suivi. Mais le lobby veillait… L’intéressée, qui estime n’avoir commis aucune infraction, s’expliquera devant le tribunal en octobre.
On notera tout de même que, dès le départ, Nunez a saisi le procureur et que, curieusement, le dossier a été confié à la brigade anti-terroriste. C’est là que tout dérape.

Les enquêteurs vont travailler trois mois durant sur le sujet. Tous les faits et gestes de la députée seront scrutés. Chacun de ses déplacements sera documenté.

En fait, alors qu’elle s’est toujours présentée aux convocations, les fins limiers préfèreraient pouvoir l’arrêter de manière spectaculaire. Ils ont finalement décidé, ayant appris qu’elle devait se rendre au Canada de la cueillir à l’aéroport, comme si elle avait voulu fuir. Malheureusement pour eux, elle a annulé son déplacement au dernier moment. Son audition étant programmée, il a fallu l’appeler. Et, comme d’habitude, elle s’est rendue immédiatement au commissariat.

L’histoire de drogue viendra parachever le fiasco ; apportant une fois de plus la preuve du mépris grandissant de notre gouvernement pour les valeurs républicaines.

Lionel Thomassin