La semaine dernière, sous le titre «Quelque chose de pourri en République française», nous avons évoqué le coup tordu de Gérald Darmanin et Rachida Dati ; le premier essayant de faire nommer la seconde à un poste de procureure, juste avant que celle-ci ne passe en jugement pour corruption et trafic d’influence. Or, cette semaine, c’est carrément le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui tente à son tour de bafouer les principes fondamentaux de notre démocratie.
Le chef du gouvernement a tout bonnement saisi la procureure de Paris suite à la publication d’informations (vraies) par le journal «Les Echos». Ce très sérieux quotidien français d’information économique et financière a (rendez-vous compte !..) raconté comment le gouvernement projetait de monter son budget. Et – crime de lèse-majesté – il a dévoilé quelques pistes de travail, dont une possible réforme de l’épargne salariale. Mais fallait pas le dire !..
Le rôle d’une presse libre et indépendante, c’est bien de montrer au public ce que leurs dirigeants voudraient cacher. On change de monde lorsqu’au plus haut sommet de l’Etat, ça n’est même plus accepté.
Pour faire passer la pilule, Sébastien Lecornu évoque, dans un communiqué, le secret des affaires et l’influence que peuvent avoir sur les marchés certaines informations. Voilà bien le problème de la macronie, qui adopte le langage et les pires réflexes des entreprises multinationales. Il y a bien longtemps que transparence, bienveillance, vivre ensemble et service public ne veulent plus rien dire pour elle.
La procureure, qui dépend du gouvernement, lancera peut-être la procédure. Mais, dans le cadre de la très républicaine séparation des pouvoirs, on verra si la justice accepte ou non d’aller jusqu’au bout de cette fausse affaire. L’issue nous permettra de juger clairement de l’état de notre démocratie.
Lionel Thomassin
