Le Medef, syndicat de patrons qui se présente comme un important groupe d’influence, a organisé, à Roland-Garros, le premier débat de la prochaine présidentielle. Et celui-ci s’est avéré biaisé, évidemment.
L’événement de cette rentrée était organisé sur le thème du «courage». Or, dans son intervention préliminaire, le président du Medef a bien expliqué ce qu’il entendait par là. En gros, pour le bien de l’économie et du pays, les candidats devront avoir le courage d’annoncer du sang et des larmes au petit peuple. Il faudra lui supprimer des avantages sociaux et des protections pour en redonner toujours plus aux entreprises.

En bons Miléi français, les Bruno Retailleau, Marine Le Pen, Edouard Philippe et Gabriel Attal ont, à différents niveaux, brandi les tronçonneuses. Ils vont taper dans les dépenses de l’Etat, supprimer des fonctionnaires, faire sauter des normes environnementales et sanitaires, etc. L’ampleur des démolitions envisagées n’a plus de limites ; tout comme l’âge de départ à la retraite, d’ailleurs…
Et puis, tous ces «droitardés» ont prêché la nécessité de s’attaquer aux «charges» sur les salaires. Même Raphaël Glucksmann, qui prétend se situer dans le camp de la gauche, ne serait pas contre un petit rapprochement entre le salaire net et le brut.
Marine Tondelier a tout de même rappelé que les cotisations sociales ne sont que du salaire différé, permettant de répondre aux besoins de santé et de repos de tout un chacun. Jean-Luc Mélenchon a argué du fait que confier au privé les questions de protection sociale et de retraite revenait deux fois plus cher qu’en passant par le système actuel. Le pouvoir d’achat des Français en serait donc encore réduit. Et dans la foulée, il a plaidé pour une augmentation des salaires ; du Smic surtout.
L’idée a fait rire le parterre de patrons. Mais Mélenchon les a vite calmés en expliquant qu’en période d’inflation, ne pas revaloriser les salaires conduisait à la récession. Il a rappelé qu’en France la consommation populaire représentait 55 % du PIB. La faire baisser conduirait donc nombre d’entreprises à la catastrophe.
Au total, le débat aura duré plus de trois heures. Et il est même arrivé que le représentant de la France Insoumise se fasse applaudir, lorsqu’il a parlé de la souveraineté industrielle française et de ses plans pour développer les filières indispensables.
Rassurons-nous, Marine Le Pen l’a été beaucoup plus ! Des huées ont même salué une des interventions de Marine Tondelier, et Gabriel Attal, le continuateur de la macronie, est resté le chouchou du public.
Mais de toute cette lamentable entreprise, les médias n’auront justement retenu que les rires idiots de patrons suffisants, incapables de comprendre les enjeux d’une société complexe.
Ils se disaient influenceurs, ils ont surtout montré leurs limites.
Lionel Thomassin
