Symboliquement, ça fait mal, ça fait peur aussi. En ces temps brunissant on pourrait être tenté par des interprétations alarmistes et peut-être un peu hâtives. La ville de Chaumont est confrontée, sur le petit territoire de la rue Juvet, et depuis un certain temps maintenant, à une ou des bandes de jeunes, mineurs, jeunes adultes que nous ne pouvons pas cataloguer de la même façon. Il y a du deal, du squat, des incivilités, de la violence, du désœuvrement et de la rupture sociale et scolaire. Un besoin de se rappeler à cette société qu’ils n’arrivent pas à intégrer et qu’elle n’arrive pas à intégrer ? Provocation peut-être ? Cette place accueille les locaux de la fraîche police municipale. Ce n’est pas un schéma classique de « quartier à problèmes », les protagonistes ne l’habitent pas, ils sont d’horizons différents.
Les habitants sont légitimement ulcérés, fatigués, apeurés et s’en ouvrent à la ville de Chaumont pour revendiquer leur sécurité. Les aménagements : caméras, sécurisation du parking souterrain, responsabilisation des bailleurs sociaux sur les logements vacants propices aux squats, sont inefficaces. La prévention spécialisée est sollicitée, elle répond, mais n’est pas vraiment dans sa mission originelle qui est de vivre dans le quartier à long terme pour essayer de le comprendre. La police intervient, interpelle, connaît les auteurs.
La justice juge, selon les cas et les situations propres, enfants, adultes. La précédente municipalité a réalisé des rencontres avec les parents et les jeunes avec des résultats mitigés. Si une période d’accalmie a été ressentie, les problèmes repartent. Il faut bien se l’avouer, c’est une mise en échec de tous et de toute une politique sécuritaire, préventive, éducative et judiciaire depuis des décennies. Il n’y a plus de grand ministère de l’Enfance, on ne met pas l’enfant au cœur de son avenir.
La décision de la ville de Chaumont de grillager cette place qui devrait être porteuse de fraternité témoigne de cet échec. En faire un ghetto avec couvre-feu, laissez-passer, arrêté municipal, grillage, est choquant et signe d’impuissance. Cela déplace le problème et risque de désigner les Droits de l’Homme comme un sujet d’affrontements.
Dans son programme, la nouvelle municipalité a promis la création d’une instance autour des problèmes de la jeunesse, des parents et des institutions concernées sur Chaumont. À condition que ce ne soit pas une coquille vide.
Louis Laprade
