Les manifestants du 17 octobre n’attendaient rien de l’allocution télévisée du président de la République, dimanche soir. Ils avaient raison : égal à lui-même, Emmanuel Macron n’a eu que l’espoir du pourrissement du mouvement social à leur offrir. Rien à annoncer sur les salaires, la lutte contre la vie chère ou les moyens des services publics. En revanche, il a déçu la droite la plus dure et l’extrême droite, qui attendaient la déclaration de l’état d’urgence.
Le chef de l’État s’est cru quitte avec un appel à la sévérité des tribunaux et l’annonce d’un renforcement des pouvoirs des préfets – ce qui, au passage, ressemble furieusement à un état d’urgence déguisé, le contrôle parlementaire en moins.
Mais désigner des « factieux », forcément « issus de groupuscules d’ultragauche » – une accusation qui ne fait pas débat à droite – ne suffit plus quand le réel contraint le locataire de l’Élysée à faire le distinguo avec les « centaines de milliers de nos compatriotes » aux « revendications légitimes ». Pour la droite de la droite, c’est déjà trop concéder au mouvement social. Le Figaro y voit la marque de « nuances de socialisme qui nous gouvernent depuis quinze ans »…
Les fissures du parti de l’ordre
Les prudences relatives du chef de l’État et les outrances de la droite et de l’extrême droite ne relèvent pas d’un désaccord de politique économique et sociale. Le premier, en plein accord avec les deux autres, ne lâchera rien de son plein gré. Si des fissures se font jour dans le parti de l’ordre, elles portent sur l’efficacité de la méthode qui consiste à répondre aux revendications par la matraque.
La droite et le RN, qui font feu de tout bois en vue de la présidentielle, poussent l’exécutif à une escalade liberticide qui ne réglera rien, mais dont ils n’auront pas à assumer les méfaits devant les électeurs. Or, malgré tout le zèle d’Emmanuel Macron et de ses ministres ces dernières années, la politique du bâton a démontré son échec avec le fiasco sécuritaire du 17 octobre.
La mise en scène de la démission de Laurent Nuñez et de son refus par l’Élysée en est l’aveu patent. Cette contradiction traverse aussi l’exécutif, avec un premier ministre chargé d’incarner une ligne dure pour remplir le vide des propositions d’Emmanuel Macron. Sébastien Lecornu, qui ne voit que deux « camps » entre lesquels il faut « choisir » (la police ou les casseurs), a annoncé le programme. Couvre-feux, promesses de sanctions pénales et menace de déclarer… l’état d’urgence.
Sébastien Crépel
Co-directeur de la rédaction du Journal L’Humanité
Editorial du journal L’Humanité, le 20 octobre 2026
