Le parlement européen a adopté ce mercredi une loi autorisant la culture et l’exploitation de plantes génétiquement modifiées. Ce texte était poussé par les multinationales du secteur et par de nombreux pays, dont la France. Il a été voté majoritairement par les droites et le centre.
Ces nouveaux OGM, appelés NGT (Nouvelles techniques génomiques) ne sont plus transgéniques. C’est à dire qu’on ne leur apporte plus de gènes extérieurs. On se contente désormais de trifouiller à l’intérieur de l’ADN de la plante pour tenter d’en modifier les caractéristiques.
L’Europe a décidé (sans la moindre preuve scientifique) qu’avec moins de 20 modifications, la plante restait assez conforme à l’original et ne posait donc pas de problème. Sauf qu’il peut toujours exister des effets indésirables mal maîtrisés. L’Anses elle-même (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) s’en est inquiétée
L’argument principal tient à l’idée qu’il faut bien rester dans le coup face à la Chine et aux Etats-Unis et surtout que ces nouveaux OGM vont permettre de développer des cultures résistantes au réchauffement climatique tout en produisant plus, sur de plus petites surfaces. Sauf que les recherches menées jusqu’à présent dans ce sens n’ont rien donné de vraiment probant.
L’obligation d’indemniser la multinationale qui aura privatisé le vivant
Si on se demande pourquoi nos représentants acceptent de jouer ainsi le jeu des apprentis sorciers, la réponse se situe dans la deuxième partie de la loi. Car avec elle en effet les firmes sont autorisées à breveter les plantes qu’elles auront modifiées. Nul ne pourra plus les réutiliser sans leur payer des droits.
Les paysans qui conservent une partie des graines de leur récolte pour les semer l’année suivante vont vivre avec une épée de Damocles sur la tête. Car si leur nouvelle récolte possède des caractéristiques semblables à la plante brevetée, soit parce que le brevet aura intégré une partie déjà naturellement existante chez eux, soit suite à une pollinisation par une culture voisine, ils pourront être poursuivis et sanctionnés.
Un agriculteur bio dont la récolte aura été ainsi contaminée ne pourra non seulement pas commercialiser sa production dans le circuit bio, mais pourra se voir infliger l’obligation d’indemniser la multinationale qui aura tout simplement privatisé le vivant. Double peine, double injustice !
Et nous ne sommes pas ici dans de la science fiction. Monsanto procède déjà ainsi aux Etats-Unis. Ses avocats gagnent tous les procès face à des agriculteurs dont la bonne foi ne peut pourtant pas être mise en cause.
Au parlement européen, des amendements déposés par la gauche réclamaient au moins l’abandon de la brevetabilité, sachant que l’assemblée l’avait déjà massivement refusée en 2024. Mais ces amendements ont tous été rejetés sans débat. A la tribune, l’ancien ministre de Hollande et actuel eurodéputé macroniste, Pascal Canfin, a fait partie de ceux qui ont argumenté pour empêcher que les amendements soient étudiés.
Lionel Thomassin
