Immigration, la bêtise de François Ruffin

Tribune

Nous sommes tous des descendants d’immigrés. Relativement proches pour un tiers d’entre nous et plus éloignés (voire très) pour les autres. Mais personne, en tout cas, ne peut se prétendre gaulois ou français de souche. Au fil des siècles et des millénaires nos zones d’habitation ont été traversées par d’incessants mouvements de populations. Nous sommes donc le fruit de multiples mélanges et c’est bien ce qui fait notre force.

L’enseignement de cette histoire ancienne, moderne et contemporaine c’est que rien n’a jamais pu (et ne pourra jamais) stopper les vagues d’immigration. Les régimes qui prétendent lutter contre finissent toujours par s’en accommoder. Ces dernières années d’ailleurs, malgré leur affichage, l’Italie, le Royaume-Uni, le Danemark… ont laissé entrer, proportionnellement à leur nombre d’habitants, 2 à 3 fois plus d’immigrés que la France. En réalité, ils en ont besoin pour compenser leur déclin démographique.

On voit bien ici que le «Je suis hostile à l’immigration de travail», lancé la semaine dernière par François Ruffin, s’avère pour le moins idiot.

On ne voit pas bien en quoi le combat de la gauche nécessiterait qu’on ferme les frontières

Celui qui, pour la prochaine présidentielle, ambitionne de représenter le camp de la gauche non-mélenchoniste, se défend d’aller chasser ainsi sur les terres de l’extrême droite. Convoquant au contraire des figures historiques de la gauche, le député de la Somme prétend lutter en faveur de l’égalité. Il s’oppose au Medef qui rêve de récupérer une main-d’œuvre étrangère précarisée, malléable et moins chère. Et ce faisant, lui qui s’est toujours montré solidaire des sans- papiers, entend protéger aussi l’ensemble des travailleurs face à une dynamique de dégradation des conditions de travail.

Soit ! Mais on ne voit pas bien en quoi le combat de gauche pour l’égalité et contre toute forme de discrimination, nécessiterait qu’on ferme (inutilement d’ailleurs) les frontières à ceux qui veulent venir travailler. La sortie de François Ruffin est d’autant plus absurde que si on accepte les autres, comme il affirme le vouloir, les empêcher de travailler les priveraient du plus efficace des modes d’intégration au sein de la République.

Certes, il ne faut pas laisser la question de l’immigration au seul récit de la droite et de l’extrême droite. Et Ruffin a toujours reproché à LFI de ne pas se préoccuper des zones rurales où le RN ne cesse de s’implanter. Mais ne voit-il pas justement que LFI gagne dans les zones où se concentre l’immigration et que l’extrême droite raciste prospère là où on trouve le moins d’étrangers ?

Le vrai enjeu est celui de l’information. La gauche a tout intérêt à montrer en quoi l’immigration est une chance pour le Pays, pour peu qu’on se donne les moyens de l’accueillir. Se déclarer «hostile», même partiellement, c’est jouer le jeu de ceux qui misent sur l’affrontement et la haine.

Lionel Thomassin