
Ainsi, après trois années de génocide à Gaza, plus de 70 000 morts, des centaines de milliers de blessé·es, une guerre totale contre le peuple palestinien, des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants déplacé·es de force en Cisjordanie, une répression d’une férocité jamais égalée d’Israël, c’est la situation explosive en Cisjordanie qui pousse enfin la France à annoncer des mesures pour faire pression sur Israël.
Le Royaume-Uni a pris l’initiative d’annoncer son intention de restreindre le commerce avec les colonies israéliennes. La France et 10 autres pays (dont 7 de l’Union européenne) lui ont emboîté le pas. Pour la première fois, ces États marquent leur intention de mettre en œuvre une partie de l’avis de la Cour internationale de Justice de juillet 2024. Cet avis rappelait que la colonisation est un crime de guerre, indiquait que l’occupation du territoire palestinien est illégale et exigeait qu’Israël y mette fin.
Le 18 septembre 2024, l’Assemblée générale de l’ONU votait une résolution qui énonçait un certain nombre d’obligations des États pour contraindre Israël à se conformer au droit et lui imposer de mettre fin à son occupation et sa colonisation de l’État de Palestine. Jusque-là la France refusait de mettre en œuvre la moindre de ces obligations.
Ce sont finalement les produits issus des colonies israéliennes dont ces États ont décidé de restreindre le commerce. L’Association France Palestine Solidarité, qui mène avec ses partenaires depuis des années une campagne dans ce sens, salue positivement cette annonce. Il reste maintenant à passer à l’application. Il faudra ajouter à ce dispositif les interdictions de commerce des services, de la publicité et des investissements financiers directement liés aux colonies israéliennes.
La tâche du gouvernement est extrêmement simple : il lui suffit de s’emparer de la proposition de loi (PPL) transpartisane sur l’interdiction du commerce avec les colonies israéliennes qui a été déposée à l’Assemblée nationale par les député·es Sabrina Sebaihi, Olivier Faure et Richard Ramos. Cette PPL est complète et prend en compte tous les éléments de droit international. Si le président de la République et le ministre des Affaires étrangères sont sincères et ont véritablement l’intention de cesser le commerce avec les produits issus des colonies, ils ont les moyens de le faire et de le faire très vite : une loi très solide est prête. Elle a été notamment saluée par l’association de défense des droits humains palestinienne Al Haq.
De plus, ils ne devront pas s’arrêter en si bon chemin. La France doit mettre en œuvre les autres obligations figurant dans la résolution qu’elle a elle-même voté le 18 septembre 2024 aux côtés de 183 États. Parmi ces obligations : arrêter le commerce des armes avec Israël et prendre des mesures contre les entreprises et les ressortissant·es français·es qui contribuent à maintenir la situation illégale d’occupation et de colonisation.
Comment la France peut-elle continuer d’offrir les services consulaires aux milliers de citoyen·nes français·es qui vivent dans les colonies, sur des terres volées aux Palestinien·nes, comme si cette situation était normale alors que c’est une violation flagrante du droit international ? Comment plus de 6000 citoyen·nes français·es peuvent-ils et elles servir dans l’armée d’occupation israélienne et contribuer ainsi au maintien d’une situation illégale sans qu’aucun compte ne leur soit demandé ?
Par ailleurs, la suspension de l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne reste une exigence toujours plus d’actualité.
La France découvre enfin qu’un nettoyage ethnique est en cours en Palestine. Elle condamne les multiples attaques menées par les colons dit violents. Elle exonère cependant Israël de toute responsabilité alors que ce nettoyage ethnique est un des fondements de la création de cet État et qu’il n’a jamais cessé depuis 80 ans. Il s’agissait bel et bien dès l’origine de remplacer le peuple palestinien sur sa terre, de la mer au Jourdain.
C’est l’impunité totale assurée depuis sa création à Israël par ses alliés occidentaux qui lui permet de commettre quotidiennement ses crimes. L’annonce d’hier pourrait marquer un changement de paradigme si elle est réellement suivie d’effets.
Les États regroupés au sein du Groupe de La Haye se sont engagés dans cette voie en janvier 2025. La France s’honorerait de les rejoindre et de s’engager dans l’application du droit pour le peuple palestinien : la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid. Le droit à l’autodétermination dont le droit au retour des réfugié·es doit être au centre de toute solution politique. Ce peuple ne saurait être mis sous tutelle comme le prévoit la résolution du Conseil de sécurité adopté le 17 novembre 2025.
Pour ce qui nous concerne, nous continuerons de mener la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions jusqu’à ce qu’Israël respecte le droit international.
Le Bureau National de l’ AFPS
le 9 septembre 2026
