Flottilles pour Gaza : 26 ressortissants français portent plainte pour crimes de guerre et torture après leur détention en Israël
Vingt-six ressortissants français ayant pris part aux flottilles pour Gaza à l’été 2025 et 2026 ont annoncé ce mardi 8 septembre avoir déposé une plainte contre X auprès du Parquet national antiterroriste (Pnat). Dans son communiqué de presse, Global Sumud France, l’organisation humanitaire responsable des missions, entend « mettre fin à l’impunité de toute personne, physique ou morale » responsable des violences subies par les navigants au cours de leur détention.
par Arthur DUMAS, le 8 septembre 2026

© Abdelrahman Alkahlout/ZUMA Press Wire/ABACAPRESS.COM
Les images de leur arrestation, puis les témoignages de leurs conditions de détention, avaient profondément choqué. En 2025 et en 2026, deux missions de la Global Sumud Flotilla ont été arraisonnées par la marine israélienne. Des arrestations illégales, opérées dans les eaux internationales au large de la bande de Gaza, captées par les caméras de l’armée à des fins de propagande.
Une fois arrêtés, les navigants avaient alors été transférés vers des bateaux prisons et avaient subi des violences physiques et sexuelles, en plus d’être privés du droit de défense et déférés devant les tribunaux israéliens sans interprète dans certains cas. Vingt-six d’entre ont déposé, lundi 7 septembre, une plainte contre X auprès du Parquet national antiterroriste (Pnat). Dans le détail, ils portent plainte pour crimes de guerre, dégradation et détournement de navires, entrave aux secours, détention arbitraire, omission de faire cesser une privation de liberté illégale, violences volontaires, tortures et actes de barbarie en bande organisée, agression sexuelle et menaces de mort.
« Ces infractions sont pour nous caractérisées, une partie de ces agissements est même revendiquée par ses auteurs. La plainte ne vise pas d’auteurs précis, dans la mesure où il reviendra à l’enquête d’en identifier les responsables », a expliqué Camille Duprié, l’une des avocates des plaignants au cours d’une conférence de presse ce mardi 8 septembre.
Mettre fin à « l’impunité »
Dans leur communiqué, les huit avocats des plaignants notent une circonstance qui ajoute à la gravité des faits. Les deux arraisonnements ont en effet été partiellement ou pleinement revendiqués par des membres du gouvernement israélien. Benyamin Netanyahou avait par exemple publiquement félicité les forces navales israéliennes après les annonces des interceptions des flottilles. Pire encore, le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s’était mis en scène, dans une vidéo publiée en mai, aux côtés des navigants alors agenouillés et menottés dans un hangar. Une vidéo de propagande qui lui a finalement valu une interdiction d’accès au territoire français prononcée par le Quai d’Orsay.
« Cette plainte s’inscrit dans une stratégie judiciaire d’ensemble visant à ce qu’il soit mis fin à l’impunité de toute personne, physique ou morale, en particulier parmi les militaires et agents israéliens ayant pris part aux opérations, dont les investigations établiraient la responsabilité, comme auteur ou comme complice », affirment les avocats. À noter qu’à l’issue du retour en France des navigants de la mission du mois de mai, une enquête a été diligentée par le Pnat et confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). L’enquête a ensuite été étendue aux faits survenus en 2025 ainsi qu’aux faits concernant la députée Marie Mesmeur.
L’élue insoumise avait participé à une autre flottille à laquelle participait également le journaliste de l’Humanité Émilien Urbach, elle aussi interceptée illégalement en octobre 2025. « Ce que les navigants ont enduré en quelques jours, la population de Gaza le subit depuis des années. Nous ne les laisserons pas seuls, et nous ne laisserons pas ces faits dans l’ombre », déclarent les huit avocats qui souhaitent qu’une « information judiciaire soit confiée à un juge d’instruction »
« L’espoir c’est qu’un jour il puisse être mis fin à l’impunité »
« Au mois de juillet 2025, le Pnat a ouvert une information judiciaire des chefs de complicité de génocide et de provocation publique au génocide suivi d’effet s’agissant de trois ressortissantes franco-israéliennes qui avaient appelé à empêcher l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza. Je dis ça pour souligner que du point de vue du Pnat la qualification juridique de génocide est une qualification recevable », a déclaré Hervé Kempf, autre avocat des 26 plaignants au cours de la conférence de presse.
Car le but de cette plainte, c’est de porter l’affaire devant les tribunaux français, puisque les Palestiniens « ne peuvent pas obtenir justice devant les juridictions israéliennes en raison du double système judiciaire ». « Le but final c’est qu’il y ait un procès en assise une fois les auteurs identifiés. Cela peut prendre énormément de temps, on sait que la France juge depuis peu des crimes de guerre commis à l’étranger, mais cela prend énormément de temps. L’espoir c’est qu’un jour il puisse être mis fin à l’impunité », a poursuivi Hervé Kempf.
« C’est une première fissure dans l’impunité de l’état d’Israël, mais c’est aussi une enquête qui a une fragilité, car elle pourrait être classée sans suite. C’est pourquoi nous portons plainte pour venir consolider cette enquête », a détaillé l’avocate Prisca Ancion à propos de l’information judiciaire ouverte par le Pnat suite à la diffusion des vidéos de Ben Gvir. « Mais on comprend aussi qu’il y a une fragilité de cette enquête au regard de la position de la justice vis à vis des militants pour la Palestine », a poursuivi l’avocate en faisant référence à l’usage massif du « délit d’apologie de terrorisme » à l’encontre de militants exprimant leur solidarité envers la Palestine.
Alors que le Quai d’Orsay avait d’abord eu une position méprisante vis-à-vis des arrestations des flottilles, avant de retourner sa veste et d’engager des actions après la diffusion des vidéos d’Itamar Ben Gvir, les avocats des plaignants assurent que « les choses sont prises au sérieux ». « On peut avoir l’espoir que ça puisse mener à quelque chose, a déclaré l’avocate Hanna Bouchareb. Le dialogue a semblé fluide, maintenant ce que l’on appelle de nos voeux, à terme, c’est la saisine d’un juge d’instruction, parce que ça nous semble important qu’un magistrat indépendant puisse se pencher sur ces faits absolument graves. Mais on reste extrêmement vigilants sur le risque de classement sans suites. ».
Arthur DUMAS, le 8 septembre 2026
