Châteauvillain : Projet de poulailler avec le point de vue « des opposants »

Il fallait faire preuve de courage et de pugnacité pour pouvoir poser des questions concernant le projet de poulailler industriel dans une salle où le porteur de projet avait rassemblé ses amis, ses
collègues de la FDSEA et même le président de la Chambre d’agriculture. Bref, tout un public qui voulait en découdre avec des citoyens inquiets qui voulaient poser des questions. La vingtaine
« d’opposants » que nous étions, a tout de suite senti l’animosité de la salle, voire la violence des « taisez-vous » ou « ça suffit », fusant à chaque question. Les adeptes du projet n’étaient pas là pour échanger ni répondre à nos interrogations, mais pour soutenir coûte que coûte le jeune « éleveur » castelvillanois. Selon les intervenants à la tribune (groupe Néalia, FDSEA, Chambre d’agriculture), aucun problème avec ce poulailler de 38 500 poulets renouvelés sept fois dans l’année. Aucun souci avec les tonnes d’épandage de fientes qui vont même, selon eux, rendre la terre nettement meilleure. Tout est sous contrôle dans le respect du cahier des charges et du bien-être animal. Et puis faisons du poulet français au lieu de l’importer d’Ukraine. Sauf que ce poulet sera tout aussi néfaste pour la santé publique et l’environnement.
On nous a déjà fait le coup avec le roundup, lui aussi biologique !
Le projet que nous avons consulté n’est pas le merveilleux modèle agricole productiviste que l’on a voulu nous présenter. Par exemple, il aborde au chapitre 8 la présence de polluants dans l’air, rejetés par la ventilation de l’installation, « pouvant avoir des effets significatifs sur les santés humaine et animale (asthme, brûlures dans l’appareil respiratoire dues à l’ammoniac, dégradations des végétaux, eutrophisation des milieux ». De même, le résultat du nettoyage du hangar entre chaque passage de poulets (p16 et 54) avec l’emploi d’un désinfectant dit biologique, mélangé à la paille et aux fientes, sera épandu sur les parcelles. Or, ce produit, le VULKAN max, est selon sa notice, « très toxique pour les organismes aquatiques et tout écoulement dans les égouts ou cours d’eau doit être évité ». On nous a déjà fait le coup avec le roundup, lui aussi biologique ! Les communes qui ont subi ces épandages ont dû passer à l’eau en bouteille, comme Condes, Montigny-sur-Aube, Boudreville… D’ailleurs, l’épandage sur deux parcelles en zone protégée des captages d’eau de Châteauvillain et Orges, dénoncé dans la consultation publique en mairie, a été supprimé. Il y a bien des risques de pollution !
Une centaine d’élevages dans le Grand Est dont 10 en Haute-Marne.
Et puis soutenir qu’aucun antibiotique n’est administré à ces pauvres poulets, entassés de 19 à 21 au m2, et que la mortalité ne dépassera pas 1 % dans cet élevage alors que le dossier prévoit entre 2,5 et 4 %… Il est question d’infections à salmonelles dans ce genre d’élevage où le vétérinaire « aura la charge d’approvisionner les médicaments nécessaires ». L’antibiorésistance est responsable de 12 500 décès chaque année. En France, 40 % des antibiotiques sont consacrés à la santé vétérinaire. Ils sont donnés aux animaux pour les faire grossir rapidement et les protéger des maladies. Alors qu’on ne nous raconte pas n’importe quoi !
Mais le bouquet final fut lorsque nous avons parlé du bien-être animal et du succès de l’association L214 qui a réussi à obliger le leader du poulet en France LDC (le Gaulois et Maître Coq) à réduire la densité de poulets au m2, à leur mettre un accès à la lumière, à bannir les souches de poulet à croissance rapide et changer la méthode d’abattage. Rien qu’à entendre le nom L214, la salle a poussé des cris d’horreur !
Une centaine d’élevages de ce type doit voir le jour dans le Grand Est dont 10 en Haute-Marne. Raison de plus pour s’inquiéter. Dans cette réunion, les problèmes de santé publique, de préservation de l’environnement, en particulier dans le Parc national, ont été systématiquement hués, « balayés », comme l’écrit M. Thévenin, le journaliste du Jhm dont on connaît « l’impartialité » en particulier envers la FDSEA. Cette réunion houleuse m’a rappelé celles pour le projet Animal Explora* où, déjà opposants, nous avons été traînés dans la boue par des habitants de Châteauvillain, toujours prêts à croire tout ce qu’on leur fait miroiter ….
Marie-Rose Patelli
* des millions d’argent public gaspillés

