Rima Hassan : la faillite des médias

L’eurodéputée insoumise Rima Hassan, mise en garde à vue, a «bénéficié» d’une couverture médiatique sans précédent. Heure par heure, les médias nous ont abreuvé d’une foule de détails sur ce que les enquêteurs auraient découvert et ce qu’elle leur aurait déclaré. Tout l’inverse des gardes-à -vue de Nicolas Sarkozy, par exemple, durant lesquelles rien n’a jamais transpiré.

Toutes les chaînes d’info en continu, mais aussi à peu près toute la presse traditionnelle, ont répété à l’envi toutes sortes d’âneries sans jamais rien vérifier, ni même prendre un minimum de recul.

Lorsqu’ils ont dit par exemple qu’elle était en possession de drogue (un gramme, a même précisé TF1), aucun d’entre eux ne s’est interrogé sur l’étrangeté de la chose. Sachant qu’elle s’est d’elle-même rendue à une convocation pour une garde-à-vue, personne ne s’est demandé s’il était bien rationnel qu’elle y soit allée avec de la drogue dans son sac. Pire encore : rares sont ceux qui ont repris ses propos du lendemain annonçant qu’une analyse d’urine avait montré qu’elle ne se droguait pas.

Rima Hassan a annoncé qu’elle allait porter plainte contre ceux qui l’ont diffamée en diffusant ainsi de fausses informations à son encontre. On ne peut que l’encourager dans ce sens.

Sur le fond de l’affaire (apologie du terrorisme), ils n’ont pas pris plus de précautions. Est-ce que le fait de retweeter une phrase relativement ordinaire sur la résistance palestinienne, mais écrite par une personne ayant commis un acte terroriste 54 ans plus tôt, méritait la mise en place d’un tel arsenal judiciaire ? Est-ce que, si je cite une phrase de Mao, on va me juger complice de tous les crimes qu’il a commis ?

De nombreux soutiens de Rima Hassan ont eu raison de dénoncer le «deux poids, deux mesures» rappelant que Louis Sarkozy, par exemple, n’a jamais été inquiété pour avoir dit des Palestiniens, justifiant le génocide en cours : «Qu’ils crèvent tous !».

Sur la forme enfin, les médias en question ne se sont pas intéressés à l’organisation de la garde-à-vue, qui permettait de contourner l’immunité parlementaire. La justice s’est servie de la procédure de flagrance, qui peut être déclenchée par : «la nécessité d’une réponse rapide de la police judiciaire, dotée de moyens coercitifs importants, au vu du trouble causé». Or, le trouble causé n’existait plus puisque, face aux réactions négatives, Rima Hassan avait retiré d’elle-même son re-tweet.

Ensuite, la coercition ne se justifiait pas non plus sachant que, faisant l’objet de plaintes (jusqu’ici infondées) à peu près une fois par mois depuis qu’elle est élue, Rima Hassan s’est toujours rendue à chacune des convocations de police.

Les médias qui n’ont pas rappelé ce contexte ont, là encore, failli à leur mission d’information.

Lionel Thomassin