Une pétition demandant à «supprimer CNews de l’audiovisuel français» a été déposée en juin sur le site de l’Assemblée nationale. Elle a vivoté jusqu’au 27 octobre, mais cette semaine elle a allégrement dépassé les 900 000 signatures. Elle devrait donc pouvoir s’imposer en sujet de débat auprès des députés.
On ne va pas se faire d’illusions sur le sort que nos élus réserveront à cette initiative. Mais ça aura au moins le mérite de faire réfléchir les Français sur l’intérêt qu’il y a, pour un état, d’ouvrir ses propres canaux de diffusion à des médias dont le but serait avant tout de le fracturer.
Si on estime qu’au nom de la liberté d’expression, Bolloré a le droit de déverser sa haine et ses idées mortifères, qu’il ait au moins la décence de ne pas profiter d’un domaine public dont il prône la démolition. Qu’il se débrouille par ses propres moyens, lesquels sont d’ailleurs scandaleusement exorbitants.
Ça nous amène au vrai responsable : l’Arcom.
L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique ne se donne pas vraiment les moyens de faire respecter ses propres règles. Le texte de la pétition rappelle que ses 27 rappels à l’ordre et ses «petites» amendes n’ont jamais dissuadé CNews de diffuser des fausses nouvelles et d’encourager les propos racistes. Or le drame de Trappes et bien d’autres avant lui montrent bien à quel point les discours de haine, répétés en boucle sur les chaînes d’information en continu, finissent par engendrer des passages à l’acte.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont réjoui de l’attentat et ont félicité le tueur de Trappes. Plusieurs ont été identifiés et présentés devant la justice. L’un d’eux a expliqué qu’ayant vu sans discontinuer, durant des heures et des heures, des images de saccages et entendu les commentaires selon lesquels les auteurs seraient des racailles de banlieues issues de l’immigration, il avait fini par devenir fou de rage.
Le lien étant fait dans de nombreux cas entre images abrutissantes et passages à l’acte, on est en droit d’attendre une vraie réaction de l’Arcom. Eh bien figurez-vous qu’elle a écrit aux chaînes de télévision et aux radios pour «les appeler à la plus grande vigilance dans le traitement des manifestations et des troubles à l’ordre public survenant depuis le 17 octobre».
Pour le reste, elle indique être en train d’étudier certains propos mensongers ou racistes qui lui ont été signalés. Et elle précise qu’elle transmettra au procureur tout ce qui lui paraîtra très problématique.
Il faut lui demander si elle se sent vraiment à la hauteur des faits et des enjeux.
Lionel Thomassin
