Un vieux principe politique dit que, pour gagner une élection à deux tours, il faut rassembler son camp au premier tour et élargir au second. C’est ce qui nous a fait écrire la semaine dernière que, si la gauche se retrouvait troisième, c’est parce qu’elle a d’emblée penché vers le centre, négligeant sa propre gauche (LFI particulièrement).
Un autre principe veut que celui qui arrive en tête bénéficie d’une dynamique. Or celui-là ne s’est absolument pas vérifié. De mémoire d’observateurs nous n’avions jamais connu pareille situation : alors que l’on retrouve à peu près les mêmes acteurs, qu’aucun accord n’a été passé et que la participation n’a pas augmenté, le deuxième dépasse finalement le premier. Et pas qu’un peu !
Fournié, qui n’a ni rassemblé, ni élargi, a stagné en ne récupérant que 26 voix. Desfretier, dont le camp était indéfini et accusait 384 voix de retard, en a gagné 562, faisant progresser son score de nettement plus d’un quart. White, en a perdu 216 et le RN 230. Le tout avec 148 électeurs de moins.
Rappelons, pour ceux qui aiment équilibrer les comptes, que le candidat de Lutte Ouvrière, éliminé, avait obtenu 314 voix et que blancs et nuls ont augmenté de 34 unités.
Plusieurs centaines d’électeurs ont opté pour le dégagisme
Pour expliquer le bouleversement du second tour, on peut imaginer que les électeurs du deuxième n’étaient pas les mêmes qu’au premier. C’est peut-être en partie vrai. Mais certainement pas à ce point-là.
Il faut bien reconnaître que plusieurs centaines d’électeurs ont changé leur vote initial. Et il devient alors assez clair qu’ils ont opté pour le dégagisme. Des électeurs du RN, de White et même de LO ont choisi le seul qui pouvait encore inquiéter le sortant officiel.
Ce mouvement a certainement été favorisé à gauche par le fait que White a cherché un accord de deuxième tour avec Desfretier. Et même si ça n’a pas fonctionné, il a finalement accrédité l’idée que, pour des progressistes, Desfretier pouvait être la voie de recours.
Résultat de l’opération, la gauche, qui aurait dû faire beaucoup mieux, n’aura que trois élus ; soit seulement un de plus que le RN. Ce qui est tout de même bien loin de représenter la sociologie de la ville.
Lionel Thomassin
