Les affaires du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein nous promettent des ramifications longues et instructives. On sent qu’un sérieux ménage pourrait être effectué au sein de ce qu’on appelle les «élites» politiques, économiques, financières, artistiques, culturelles et même scientifiques mondiales. A condition que tout le monde fasse son boulot. Ce qui n’est pas gagné !
Ça a déjà mal démarré du côté du ministère de la justice américain. Celui-ci n’a encore livré (avec un mois de retard) que la moitié des documents que la loi l’oblige à dévoiler ; soit tout de même 3 millions de pages de correspondances, contrats, mails, photos, vidéos… Il n’est pas interdit d’espérer que les trois autres millions viendront plus tard… Le plus inquiétant pour l’instant réside dans les caviardages qui assombrissent de nombreuses pages. Des noms, des phrases et des images sont noircis.
Le ministère explique qu’il a voulu protéger les victimes. Ce qui est faux puisqu’on a pu trouver des jeunes filles nues, des noms et même des adresses de victimes. En revanche des noms de personnes en affaires avec Epstein, ayant rendez-vous avec lui, sont souvent rayés et illisibles. La loi obligeait le ministère à tenir un registre de tous les caviardages en en donnant à chaque fois la raison. Ça n’a pas été fait. Les élus qui ont promis la transparence ont lieu de sérieusement se bouger…
Grand escroc ayant construit sa fortune sur des arnaques, Jeffrey Epstein, quand il ne violait pas des jeunes filles mineures, passait le plus clair de son temps à se constituer des réseaux. Il entrait en contact avec tout ce que la terre comptait comme célébrités. Il rendait des services et, au besoin, il compromettait. Ses propriétés, où il recevait volontiers, étaient équipées de caméras cachées.
il ne suffit pas de piocher un nom dans un mail pour en faire aussitôt celui d’un coupable.
C’est ainsi qu’il a pu se sortir de la plupart de ses ennuis. Et il est difficile, lorsqu’il est tombé pour trafic de mineurs en 2019, de ne pas s’interroger sur les circonstances bizarres de son suicide, quelques semaines plus tard, en prison. On notera que son ami et complice, Jean-Luc Brunel, a lui aussi été retrouvé suicidé en 2022 dans sa cellule en France.
La liste des personnes déjà trouvées dans ce qui est divulgué donne le tournis. Elle montre qu’à n’en pas douter, beaucoup des membres de la grande bourgeoisie mondiale se soutiennent sans s’embarrasser de scrupules. Mais, contrairement à ce qui peut se faire dans l’emballement, il ne suffit pas de piocher un nom dans un mail pour en faire aussitôt celui d’un coupable.
Un énorme travail de classement et de recoupements reste à faire. C’est le travail que Mediapart a entamé en France. Ses premiers articles ont interpellé le Parquet national financier, qui enquête désormais sur un blanchiment d’argent du côté de la famille Lang.
Ne soyons pas pressés. Si chacun veut bien faire son travail, des vérités vont sortir. Le journalisme d’investigation, tant décrié à droite et si souvent réduit à peau de chagrin dans les grands
médias, n’a jamais été autant nécessaire.
L’occasion est bonne ainsi pour le service public de montrer son utilité. Avec la justice, quelques piliers de la démocratie ont les moyens de se refaire une santé au moment où on s’évertue à les faire tomber.
Je veux y croire.
Lionel Thomassin
