Derniers éditos

Les vœux du syndicat en rouge et en jaune

22 décembre, au pied du sapin de Noël art-moderne et fièrement revendicatif on se rappelle, entre camarades, qu’il y a un an, nous manifestations contre le licenciement de 30 personnes au Centre de tri des déchets.

Si l’on feuillette la collection du « Journal du Retraité de Chaumont », à l’évidence, l’année du cinquantième anniversaire de Mai 68 a été très occupée pour notre syndicat. Centre de tri puis vœux à Macron avec près de 2500 cartes unitaires récoltées et leur dépôt officiel à la poste de Chaumont. La lutte pour la défense des services publics avec l’hôpital, l’école, la Poste, les perceptions a continué. Parfois, la CGT y est peu ou pas organisée. Qu’importe, ce qui compte par dessus tout, c’est de s’opposer à la casse de services publics essentiels pour vivre et travailler en Haute-Marne.

Le 15 que l’ARS et les élus locaux voyaient bien partir sans piper mot a également été au centre de nos préoccupations, tout comme le soutien à la grève d’utilité publique des cheminots. Et simultanément, pour éviter le maléfique en même temps, la bataille contre la hausse de la CSG, la baisse du pouvoir d’achat des pensions, contre la désindexation nous a occupés presque au jour le jour.

Le 22 décembre,  les 8 syndicats de retraités, unis depuis des années, menaient la sixième journée d’action pour 2018. Un acte VI en quelque sorte qui renvoyait à celui des Gilets jaunes. Belle coïncidence ! Nous avons dès le premier acte affirmé notre soutien à la révolte en jaune, et ce malgré la timidité ou l’hostilité observée par le syndicalisme au plan national. Nous l’avons fait car nous sommes de la même classe, celle des gens qui ne sont rien, qui ne comptent pas aux yeux des banques et du CAC 40 et nous l’avons fait d’autant plus volontiers que, bien avant le 17 novembre, notre pétition « Hausse du fioul, du gaz, du gasoil et de l’essence, NON AU RACKET » était en phase avec celle des gilets jaunes contre la hausse des carburants. Certes, la rencontre a été -est- compliquée ; de bon augure le 17 novembre, elle a été par la suite plus    « élastique », liée aux aléas des discussions internes aux gilets jaunes et à notre propre souci de respecter scrupuleusement leur volonté de ne pas être « récupérés ».

Notons toutefois que de plus en plus de manifestants retraités ou pas, rouges, jaunes ou d’autres couleurs pensent que les luttes devraient faire jonction. Parce que nombre de revendications sont communes et que l’attitude de Macron et de son gouvernement qui marient démagogie, répression, mensonge et arnaque devrait conduire à un rassemblement de toutes les forces attachées au progrès social et à la démocratie. Nous en avons eu un avant-goût le 22 décembre puisque des gilets jaunes sont venus à notre rassemblement avant d’aller défiler dans les rues de Chaumont.

2019. Formons le vœu que la convergence des colères et des mécontentements se renforce encore. Notre syndicat y est prêt, c’est d’ailleurs indispensable si nous voulons gagner face à ce pouvoir de nantis.

Le syndicalisme retraité uni a décidé de ne pas laisser Macron dormir sur ses deux oreilles. Une nouvelle journée d’action nationale est d’ores et déjà programmée pour le 31 janvier et, d’ici là, notre syndicat ira à la rencontre des retraités dans les villages, les quartiers, sur les marchés et pourquoi pas, sur les ronds-points !

Chaumont le 28 décembre 2018

Syndicat  CGT des retraités de Chaumont

édito

Vœux sans relief et sans remords *

Richard Vaillant, syndicat CGT des retraités de Chaumont

Il aura tout essayé pour redorer un blason bien terni. Et le cerveau de ses conseillers en com a dû phosphorer, à la limite de la surchauffe pour trouver la bonne posture.

Après la scène d’un Macron impavide, mains croisées sur la table élyséenne, digérant la claque qu’il venait de recevoir, changement de décor, de gestuelle et de mots pour les vœux. Il sera de pied en cap (Libération), sans doute pour incarner l’image d’un président debout et droit face à l’adversité, un président combatif prêt à reprendre le manche après ce qu’il pense être une simple récréation...

A-t-il réussi dans cet exercice plutôt périlleux ? Il semble que non. Les sondages le disent et les gens interviewés après le spectacle étaient partagés entre scepticisme et indifférence. Vingt millions de personnes l’avaient regardé début décembre, elles n’étaient plus que 13 millions à la Saint Sylvestre. Une sacrée évaporation. En fait, la plupart n’attendaient rien d’un président plus prompt à donner des gages aux banques et au CAC 40 qu’à répondre aux colères, doléances et revendications qui montent et grondent dans le pays.

Les gestes ressemblaient à ceux d’une marionnette et les mots comme dans un théâtre d’ombres venaient de derrière le rideau.

En effet, qui peut croire Macron lorsqu’il dénonce le «capitalisme ultralibéral et financier » alors qu’il annonce ne pas bouger d'un pouce sur les réformes qu'il souhaite mener à bout en 2019 : celle de l'assurance-chômage, celle de la fonction publique et celle du système de retraite. Comme si toutes les réformes mises en place, depuis la loi travail jusqu’à la hausse de la CSG n’étaient pas responsables de la situation actuelle... Et il faut un sacré culot pour critiquer le capitalisme ultralibéral et financier et avoir fait la réforme de la SNCF.

Insensible, méprisant, menaçant, arrogant tel est apparu Macron. Si l’on en croit la presse, le barbouze Benalla et le président Macron continuent à dialoguer. Benalla a bougrement de la chance car pour ce qui est du dialogue avec le pays, il est rompu depuis très longtemps. A-t-il seulement eu lieu ?

En tout cas, 2019 commence sous le signe de la colère et de l’action. Les Gilets jaunes n’en ont pas fini avec le mépris et l’autoritarisme qu’affiche fièrement le président de la République. Et les retraités unis sont prêts à battre à nouveau le pavé le 31 janvier. Manifestement, loin d’avoir compris la leçon de l’année 2018 tout en colère et en mécontentement, loin d’avoir tiré les enseignements de la révolte des Gilets jaunes, Macron, digne représentant du capitalisme ultralibéral et financier, semble avoir opté pour l’affrontement et la violence. «Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage» disait Jaurès. Il porte la guerre sociale également...

Chaumont le 2 janvier 2019

* Titre emprunté à Médiapart

Mais ils fêtent quoi  le 14 Juillet ?

Chaque année, à grands coups de drapeaux français, de défilés militaires et policiers, de chants patriotiques et de remises de médailles, les élus et commis de l'Etat fêtent le 14 Juillet.

Ce jour-là ils célèbrent l'anniversaire d'un événement symbolique et fondateur : la prise de la Bastille. Ils saluent donc très officiellement, et avec déférence, des manifestations populaires illégales, des destructions de monuments publics et bien sûr des actes de violence.

Mais tout le monde trouve ça légitime puisque les casseurs de l'époque se battaient contre les inégalités et les privilèges qui les atteignaient avec une grande violence.

Chacun connaît aussi le célèbre refrain révolutionnaire de l'époque :

« Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !/Les aristocrates à la lanterne.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira !/Les aristocrates on les pendra.

Si on n’ les pend pas/On les rompra

Si on n’ les rompt pas /On les brûlera ».

C'est un chant qu'on fredonne avec plaisir en pensant aux barricades ; avec une certaine fierté même, quand il s'agit d'évoquer la lutte du peuple français.

Pourquoi alors les mêmes personnes, qui sont capables d'entonner gaiement le refrain, se déclarent-elles effarées lorsqu'elles entendent certains gilets jaunes vouer Emmanuel Macron aux gémonies, en termes parfois assez brutaux ?

On nous dira que le «Ça ira» date de plus de 200 ans, que la vie était bien plus dure à l'époque... bref que le contexte est tout de même très différent aujourd'hui. Oui mais justement. A l'époque on ne s'est pas privé de mettre à exécution les menaces chantées. Alors qu'aujourd'hui, si par un très improbable hasard, Macron venait à se perdre sur un rond-point tenu par les gilets jaunes, personne n'imagine qu'ils lui feraient subir les outrages promis.

Ne nous laissons donc pas abuser par les cris d'orfraies de ceux qui cherchent surtout à discréditer les actuels mouvements de protestation. De même, si les proportions ne sont pas vraiment comparables, personne ne peut nier que des privilèges existent encore et que les inégalités entre pauvres et riches ne cessent de s'accentuer. Il n'est donc pas illégitime que des républicains veuillent à nouveau se dresser contre cet état de fait.

Or, sachant que lorsqu'ils le font gentiment dans un cadre légal, le gouvernement refuse de les entendre, il est tout de même difficile de leur reprocher d'aller là où ça dérange le plus ; à commencer par la plus riche des avenues.

Le gouvernement vient de faire savoir qu'il cherchait à mettre au point des lois permettant de sanctionner durement ceux qui manifestent sans autorisation ou qui tentent de se protéger contre les armes des forces de l'ordre.

Pour le moins, ceux qui soutiendront et voteront ces lois auront, à mon sens, perdu toute légitimité à parader lors des cérémonies du 14 Juillet.

Il ne sera peut-être pas inutile de le leur rappeler le moment venu.

Elté

Chaumont le 10 janvier 2019

La jaunisse de Macron

Par Jack Formet syndicat CGT des retraités de Chaumont

Un gilet jaune est mort, à Antibes, au soir du 31 décembre. C’est la onzième victime depuis le début du mouvement.

Lors de son allocution de fin d’année, M. Macron les a toutes ignorées. Pas un seul mot, pas une seule pensée à l’adresse des personnes décédées lors des manifestations. Quant à celles et ceux qui ont subi les violences policières, le chef de l’Etat a eu le même comportement. Innommable oubli, ignoble mépris !

L’attitude du président vient, de nouveau, de télescoper une très large partie de l’opinion publique et son discours, une fois disséqué, a toutes les chances d’être remisé aux rodomontades de l’histoire. M. Macron a-t-il une seule fois fait référence à la contestation populaire, à une seule revendication exprimée notamment durant ces deux derniers mois ? Nenni ! Maniant la compassion autant que le bâton, c’est l’homme d’une caste, celle des ultra-riches, qui s’est adressé aux Français. Rien de bon ne viendra et ne peut venir de ce côté.

Quelques bribes avaient été lâchées grâce à l’ampleur du mouvement jaune comme au soutien d’une très large majorité de notre peuple. Elles risquent cependant d’être éphémères, absorbées déjà par une série de hausses que le président s’est bien gardé d’énumérer. Au lendemain même de son laïus était d’ailleurs confirmée l’annonce que les salariés devront désormais travailler trois ans de plus pour disposer d’une pension de retraite complète. Les éventuels « récalcitrants » seront alors taxés d’un malus de 10%, punition chère au pouvoir puisqu’elle consiste à reprendre bien davantage que ce qui a été concédé.

Ce n’est pourtant là que la partie émergée, visible, étant entendu que la « réforme » des retraites, celle de l’indemnisation du chômage ou la « refonte » de la Fonction publique n’ont pas donné leur pleine mesure au sens libéral et macronien du terme.

Avec la disparition de plus en plus de services publics, l’allongement de la durée du travail et ses conséquences sur la santé, la multiplication des licenciements et la liste interminable des sans-emploi, ce sont bel et bien des millions de salariés - et de retraités - qui vont être laissés sur la touche.

La seule alternative réside dans un vrai changement, ce  qui suppose un vaste rassemblement, unitaire, au-delà même de tous nos amis des ronds-points puisqu’il en faut beaucoup plus à M. Macron et aux siens pour donner le tournis à ce petit monde de nantis et lui faire attraper, pour tout dire, une véritable jaunisse.

J.F.  5 janvier 2018