Parc national : désenchantement ?


Adriana et Richard Vaillant


Près de la ligne d’arrivée, à deux doigts de gagner, le coureur de fond hésite parfois. Qu’est-ce que je fais là ? Et ça sert à quoi ? En serait-il ainsi pour le marathon du Parc national ?

Les titres dans la presse sont moins pompeux. Comme une excuse d’avoir poussé le bouchon un peu loin. Pour faire accepter l’arbitraire, il faut souvent user d’artifices et de mensonges...

Le Ceser joue la prudence. Il donne un avis positif, mais soulève quelques points, apprend-on par la presse. Des points pertinents : pourquoi l’ONF continue-t-il à abattre des arbres dans ce qui devrait être demain la Réserve intégrale, zone interdite où les scientifiques étudieront la forêt primale, celle qui n’a pas connu l’Homme ? Pour le pognon, pardi !

Le Ceser parle également de chasse, plantation de résineux (un arbre bien de chez nous !).

Rassurons-nous, tout cela sera de peu d’importance puisque le projet de Charte du Cœur de Parc soumis à la signature des différentes instances avant le 26 octobre : Conseils municipaux, Conseil départemental, GIP, Ceser, annonce clairement que, dans le Parc, ce sera le directeur qui sera la loi. La loi du pouvoir et des multinationales. Les élus, la population n’auront plus leur mot à dire. Notre forêt sera mise sous cloche et la démocratie avec...

La consultation des élus qui souvent n’avaient pas lu les 500 pages du projet de Charte (un exemplaire par commune ) a, elle aussi, manqué de l’euphorie qui présidait aux premières réunions. Et les questions qui auraient dû être débattues dès l’origine sont soudainement, mais encore trop timidement, apparues dans les débats : doutes sur les réelles retombées économiques, sur le développement du tourisme alors que les interdits vont se multiplier dans toute la zone du Parc. Et l’écologie : pourquoi ne parle-t-on pas «des dispositifs de compensation carbone «  ou de la « financiarisation verte » qui permet à une entreprise d’ investir dans la conservation d'une forêt afin d’avoir le droit de polluer ailleurs ?

Et il y a aussi la question primordiale du financement. Qui va payer ? L‘état, alors qu’il se débarrasse de tous ses services publics, privatise et ne tient jamais ses promesses en matière de financement ? Les collectivités locales en savent quelque chose... 70 000 hectares de nos forêts privatisées par l’Etat, n’est-on pas en plein dans la logique du fondé de pouvoir de la banque Rothschild ?

Pas étonnant que tout ait été fait pour que le projet de Charte soit le moins lu possible  car, peu à peu, le voile se lève sur les véritables enjeux du Parc national, sur les règles draconiennes, les interdits qui vont régir ce qu’on nous a présenté hier comme le nouvel Eldorado écologique, économique et social qui a fait rêver un département en pleine débine.

Lorsque le décret de création du Cœur de Parc sera promulgué fin 2019, il fixera la liste des communes et des parcelles cadastrales incluses dans son périmètre sans que les communes ou les propriétaires fonciers puissent user de leur libre arbitre pour accepter ou refuser cette situation. Nos élus mesureront-ils alors la portée de leurs actes ? Tiendront-ils enfin compte de la température plutôt basse des populations directement concernées ?

Et la brutalité avec laquelle les pouvoirs publics ont voulu sceller le sort du Parc aux daims présenté comme un possible portail du Parc national, ne préfigure-telle pas la façon dont celui-ci va être géré ?

A.&R.V.

LE 31 octobre 2018