Appels d'urgence : volons au secours du 15 !

Le personnel concerné a été avisé, en octobre dernier, que le centre d'appel des urgences de Chaumont allait être délocalisé à Dijon dès le printemps suivant. Beaucoup de voix se sont alors élevées contre une mesure aberrante, tant du point de vue sécuritaire qu'économique.

Lorsque vous appelez le 15 pour signaler par exemple un malaise devant le Signe ou à la Fontaine Sainte-Libère du Corgebin, il n'est pas inutile d'avoir au bout du fil quelqu'un qui connaît le secteur. On comprend bien que si l'opérateur vit à Dijon, il va falloir lui donner des précisions qu'on n'a pas forcément en tête (nom de la place, références de la route passant à proximité...). D'où perte de temps. De même, beaucoup de noms de villages et de lieux dits se ressemblent. Pour celui qui habite à plus de 100 km d'ici, le risque de confusion est particulièrement élevé.

Sans oublier que le fait d'avoir rassemblé dans les mêmes locaux à Chaumont les centres d'appels des urgences et des pompiers (le 15 et le 18) est considéré par les spécialistes comme un élément pouvant faire gagner jusqu'à 3 minutes sur les temps de certaines interventions.

Bref, transférer le 15 à Dijon revient à dégrader le service rendu aux Haut-Marnais.

Qui, dans le domaine de la santé-sécurité, peut se permettre de prendre sans honte une décision de cet ordre ?

La délocalisation est tout aussi aberrante du point de vue de l'économie locale. Ça supprimerait 9 emplois d'assistants régulateurs (sans compter les médecins). Et ça priverait l'hôpital de Chaumont d'une activité rentable. Il ne consomme pas en effet toute l'enveloppe affectée au service. Ce qui lui permet de soutenir un peu d'autres actions. Lui qui, comme beaucoup d'autres, est placé face à d'importantes difficultés financières, n'a certainement pas besoin qu'on l'ampute d'une de ses parties saines.

Enfin, ce projet est une injure aux politiques locales dans la mesure où le département a largement contribué au financement du nouveau centre de régulation créé en 2014. Le fermer moins de 4 ans après, c'est prendre les Haut-Marnais et leurs élus pour des imbéciles.

On notera tout de même que nous sommes au printemps et que le 15 n'a toujours pas déménagé.

L'explication tient assurément au fait que les «imbéciles» ne se sont pas laissé faire.

Pour les calmer, l'administration a prétendu lancer une réflexion. Un audit a été commandé et l'analyse des résultats a été confiée à un «Comité de pilotage», avec préfet de Haute-Marne, président du Conseil départemental, président des Services d'incendie et de secours, présidents des conseils de surveillance des hôpitaux de Haute-Marne...

Et qu'a-t-on expliqué à tout ce beau monde ?

Eh bien qu'il n'y avait pas assez de médecins au service de régulation des urgences, qu'il n'était pas possible de continuer ainsi et qu'il était impossible d'en trouver. Evidemment, si on accepte ce postulat, la conclusion est toute tracée. Mais nous osons croire encore que nos élus ne sont pas les imbéciles qu'imagine l'administration.

La décision est annoncée pour dans un mois.

Tout est fait, on le voit bien, pour qu'à nouveau un service quitte Chaumont pour alimenter Dijon. On nous avait présenté le Groupement hospitalier régional comme un moyen d'apporter des compétences nouvelles sur tout le territoire. Des jeunes médecins, récemment formés dans des spécialités, allaient venir travailler quelques années sur le terrain avant de retourner au CHU, forts d'une expérience nouvelle. Où sont-ils ? Ne nous a-t-on pas, déjà là, pris pour des imbéciles ?

Comme en bien d'autres domaines, l'Etat centralise évidemment par souci d'économies d'échelle. Il est inadmissible déjà de voir ainsi se creuser l'inégalité des citoyens vis à vis du service public. Mais quand il s'agit en plus de la santé, le procédé est tout simplement révoltant.

Si le projet n'a pas encore été mis en œuvre, c'est parce que des voix se sont élevées. Et si certaines se taisent aujourd'hui, il est important que d'autres, plus nombreuses encore, se fassent entendre.

Les citoyens de Haute-Marne ont autant de droits que les autres. Ils ne peuvent pas se les laisser voler sans réagir.  J.D.S.