Au printemps prochain, la régulation des urgences va quitter Chaumont pour Dijon. C'est un recul en termes de sécurité publique, d'économie locale, d'emploi... Mais qui veut s'y opposer ?

En 2014, dans les nouveaux locaux du Service départemental d'incendie et de secours (à l'ancien dépôt SNCF de Chaumont) ont été réunis les centres d'appels des pompiers et du SAMU. Ce regroupement physique du 18 et du 15 a été présenté comme une formidable avancée.

Pour mettre en valeur cet événement exemplaire, une conférence de presse avait été organisée en présence du préfet, du président du conseil départemental (également président du SDIS), de la maire de Chaumont (mais aussi présidente du Conseil de surveillance de l'hôpital) et le représentant départemental de l'Agence régionale de santé. Médecins et officiers de pompiers avaient alors expliqué en quoi ce relativement coûteux aménagement (payé en grande partie par le Département) allait représenter un réel progrès dans l'assistance d'urgence apportée à nos concitoyens.

Les journalistes avaient surtout retenu que, dans certains cas, on allait pouvoir gagner 2 à 3 minutes sur les temps d'intervention. La proximité des équipes permettait en effet d'éviter l'effet «perroquettage».

Confrontés par exemple à une demande de secours nécessitant un avis médical, les pompiers n'auraient plus besoin d'appeler le SAMU et de faire un rapide exposé des faits avant de transférer l'appel. Tout le monde étant sur place et bénéficiant dans une même salle d'une information simultanée, on allait gagner forcément un temps précieux.

Trois ans après, peut-on tolérer de revenir en arrière ?


Une proximité encensée en 2014

A l'époque, persuadés que cet aménagement signait la pérennisation au plan local de la régulation des urgences, tous les intervenants en louaient les énormes avantages. En effet, lorsque les opérateurs connaissent le terrain, on gagne énormément en efficacité.

Ici, quand on signale un malaise au Corgebin, un accident dans les Côtes d'Alun ou une chute devant le Signe par exemple, chacun sait de quoi il s'agit et la réponse peut-être instantanée. De même, lorsqu'il est question de Chaumont-la-Ville, on sait qu'il faut activer des secours se situant dans le secteur de Bourmont. Ici, en fait, on est plutôt à l'abri de confusions entre noms de villages et de lieux-dits qui, parfois, se ressemblent beaucoup.

Ici enfin, on connaît les personnes qui ont tendance à appeler pour un oui ou pour un non. On sait donc dans bien des cas apporter d'emblée une réponse adaptée aux vrais besoins.

Tous ces avantages (qui sont parfois vitaux) tombent forcément dès lors qu'on centralise les appels vers un grand centre régional à plus de 100 km d'ici. Alors pourquoi, après les avoir aussi clairement identifiés trois ans plus tôt, s'apprête-t-on à les abandonner aujourd'hui ?

Car on en est là. La décision est prise de délocaliser le 15 à Dijon. Le personnel en a été informé. Mais on lui a demandé de garder le secret pour l'instant ; l'Agence régionale de santé se réservant le droit de communiquer sur le sujet à sa manière et quand elle l'estimera utile...


Une décision politique

Ce transfert se traduira donc incontestablement par un net recul du service rendu à la population locale. Dans les domaines de la sécurité et de l'efficacité des secours, ça n'est tout de même pas rien !

On s'aperçoit de plus que cette décision est financièrement dommageable pour l'hôpital.

Grâce à sa bonne organisation, le service ne consomme pas toute l'enveloppe qui lui est attribuée. Et cette économie profite à l'établissement qui est déjà déficitaire dans toutes sortes d'autres domaines.

Enfin, un service supprimé, c'est aussi pour le département une activité économique de moins. De source syndicale, ça fera encore neuf emplois d'assistants régulateurs supprimés sur la ville de Chaumont. Mais il faut encore y ajouter les 6 ou 7 médecins qui assurent les permanences et seront peut-être contraints de partir.

Mesdames et messieurs les élu(e)s, qui prétendez vous préoccuper toujours de la sécurité de vos concitoyens, vous qui affirmez vous battre constamment pour le maintien des services et pour l'emploi, vous qui dites employer toute votre énergie contre l'incessante baisse démographique... comment envisagez-vous cette décision éminemment politique, de nous retirer la régulation des urgences ?..

Lionel Thomassin

Urgences : la scandaleuse délocalisation du «15»