Hommage à Pierre Maître


Meurtres pour mémoire

En 1984,  dans le cadre du festival du Polar de Reims, le Comité régional CGT Champagne-Ardenne avec plusieurs Comités d’entreprise (Dont VMC et le Journal l’Union) avait invité Didier Daeninckx qui venait d’éditer « Meurtres pour mémoire » à la Série Noire. Didier Daeninckx y parle des ratonnades du 17 octobre 1961 et du rôle de Papon surnommé Veillut à la Préfecture de Bordeaux (Toulouse dans le livre). Un extrait, à la page 211, pour mieux connaître le sinistre Papon.

Des mots pour se souvenir...

Par Richard Vaillant, secrétaire du syndicat des retraités de Chaumont

Il y a quarante ans, le dimanche 7 juin 1977, René Pousset qui était alors secrétaire du Comité Régional CGT Champagne-Ardenne me téléphone pour m’informer du drame qui s’est déroulé aux Verreries mécaniques champenoises, les VMC. Un commando du « syndicat » CFT (mélange de SAC et d’extrême droite), venu de chez Citroën, a tiré sur le piquet de grève blessant trois ouvriers syndiqués à la CGT.

Puis les évènements se précipitent. Le 8 au matin, l’info est à la Une de la presse. Pierre Maître, qui avait reçu une balle dans la tête, est décédé.

On commence également à en savoir un peu plus sur les faits et le contexte. On évoque pêle-mêle, la revanche (déjà !) de mai-juin 68, la volonté de combattre la CGT et la hargne qui règne dans la droite et le patronat marnais après la victoire, trois mois plus tôt ,des listes d’Union de la gauche à Reims, mais aussi à Châlons, Epernay et Aÿ... 

On apprend que Maurice Papon est membre du directoire de l’entreprise.

Maurice Papon, un nom qui sème la mort. Il a organisé la déportation des Juifs de la région bordelaise quand il était secrétaire général de la préfecture de Gironde, entre 1942 et 1944, sous l’occupation allemande.

Papon, également responsable des neufs assassinats du métro Charonne en 1962, neuf militants CGT.

Papon qui a dû bénéficier d’une complicité au plus niveau du pouvoir gaulliste pour avoir pu échapper pendant tant d’années à la justice. Au moment des faits, Papon est ministre du Budget de Raymond Barre...

L’enterrement de Pierre Maître eut lieu le 10 juin, une foule innombrable était réunie. Les gardes funéraires autour de la dépouille de notre camarade étaient empreintes d’émotion et de douleur. Henri Krasucki, Marcel Caille, René Buhl et Jacqueline Lambert représentaient le bureau confédéral.

Secrétaire général de l’UD-CGT de Haute-Marne et, à ce titre, membre du Comité régional Champagne Ardenne, j’ai participé à une garde funéraire. Un frisson, lorsque j’y pense.

Au Comité régional CGT Champagne Ardenne où j’ai été élu en 1983, j’ai eu le privilège de militer avec les camarades des VMC, des verriers fiers de leur savoir-faire. Comment oublier que, lorsqu’en 1984 j’ai porté le CERESCA* sur les fonts baptismaux, les comités d’entreprise des VMC puis de BSN (où militaient Raymond Richard et Bernard Collet) furent les premiers à se lancer dans l’aventure de ce centre d’étude, une aventure syndicale qui durera plus de trente ans et réalisera un travail de recherche bousculant bien des idées reçues en matière économique et sociale...

Cette exposition en dix-neufs panneaux a été réalisée il y a trente ans. Elle reste d’une actualité brûlante. La haine anti-CGT n’a pas faibli bien au contraire. Des centaines de militants CGT mais aussi FO ou SUD ont été condamnés arbitrairement pour avoir participé aux manifestations contre la loi El Khomri. Lire ici

à tous nos camarades des VMC, trop tôt disparus. Serge Vermeulen, Daniel Nouvion, Jacquot Fransquin, Serge Mauroy, Michel Duguet, Maurice François.

à Raymond Richard du syndicat BSN...

à Pierre Maître, notre frère...

Pour se souvenir d’eux.


  1. *Centre d’études et de recherches économiques et socialed de Champagne Ardenne crée en 1984

Président : Richard Vaillant

Secrétaire : Bernard Poncin


Voir l’exposition de 19 panneaux Expo Pierre Maitre.pdf

La lettre

de Marcel Caille

Pour inaugurer l’exposition, j’avais, au nom du Comité Régional, invité Marcel Caille qui était en 1977, membre du bureau confédéral de la CGT et auteur de deux livres qui firent grand bruit dans le landernau syndical et politique de cette époque : «L’assassin était chez Citroën» et «Les truands du patronat ».

Affaibli par la maladie, Marcel Caille me fit parvenir une lettre manuscrite dont je reproduis ici de larges extraits. R.V.


« Cher Camarade,

Je te prie de m’excuser pour n’être pas présent physiquement parmi vous, du fait de mon état de santé. Cependant, ma pensée est avec vous en ces moments douloureux du souvenir et de la mémoire. Elle va vers la famille de Pierre Maître et les camarades de celui-ci qui subirent dans leur chair la férocité du comportement d’un patronat sans foi, ni loi.

Elle va vers tous les militants, qui, à l’époque, surent faire face avec courage et lucidité à des événements, dont, non seulement ce patronat porte la responsabilité, mais aussi le gouvernement d’époque, car ils furent ensemble les « maîtres d’ouvrage » et les commanditaires des « truands du patronat » et des assassins qui étaient chez Citroën.

Qu’il me soit permis de faire une confidence. Bien avant le crime commis contre Pierre Maître et ses camarades, nous avons tremblé à l’idée que celui-ci pouvait survenir à tout moment, car les conditions étaient requises pour qu’il en soit ainsi. La volonté du patronat de ce groupe Citroën de destruction de la CGT était évidente, non seulement par la mise en place d’un « système intégré » d’exploitation des travailleurs, mais aussi par la création d’un réseau d’hommes de mains armés, entraînés et prêts à tout. Nous l’avions dénoncé, y compris auprès du pouvoir politique d’alors. Les travailleurs de la verrerie menant une lutte exemplaire pour leurs revendications et leur liberté syndicale était insupportable pour les « maîtres d’ouvrage ». La suite est connue. Tous les responsables du crime commis n’ont donc pas été condamnés. »

« Actuellement, des dizaines d'obscurs -Chefs de Service- décident des calibres de tomates ou de pêches qui seront envoyées à la décharge pour cause de surproduction. Pour eux, les milliers de tonnes de fruits qui finiront arrosées de mazout ont la seule apparence d'un chiffre et d'un code sur un listing mécanographique. En 1942-1943, Veillut ne faisait pas autre chose, il alimentait la machine de mort nazie. et liquidait des centaines d'êtres humains au lieu de gérer des surplus de stock.

Lecussan travaillait avec lui, au secrétariat administratif. Une équipe redoutable : la région qu’ils couvraient vient en tête de toutes les régions de France pour les déportations d'enfants juifs.

Dans les autres Préfectures, les gens essayaient de brouiller les cartes, de mettre les sbires de la Gestapo sur de fausses pistes. Pas à Toulouse. Veillut allait au devant de leurs désirs. Par souci d'efficacité. Jamais il n'y aurait eu un tel massacre si les nazis n'avaient pas bénéficié de la complicité de nombreux Français. Ils ont même touché aux gosses de moins de deux ans qui étaient pourtant épargnés par les textes pétainistes... »


Obsèques de Pierre Maître

Le bureau confédéral en tête du rassemblement