Édito 

G7 : Le fiasco de Charlevoix

par José Fort, journaliste à Vie Nouvelle


Le sommet du G7 (les sept pays les plus industrialisés) qui vient de se tenir à Charlevoix, au Québec s’est achevé dans la confusion. Et dans une confrontation confirmée entre les Etats-Unis et les six autres pays sur les dossiers du commerce, du climat, de la politique étrangère et de la réintégration ou non de la Russie dans le groupe.

Le sommet était annoncé comme « glacial et tendu ». Mais on allait voir ce qu’on allait voir et ramener à la raison celui que le président français caressait tendrement, il y a peu encore. Un Macron qui ne se prend pas pour de l’eau de bidet, monté sur la barricade de la prétendue contestation comme le nouvel héros de l’Europe et dont toutes les déclarations sirupeuses ont été démenties le temps d’un tweet trumpien. Croquignolesque.

Les déclarations tonitruantes des uns et des autres sur le « chantage » aux taxes  ou encore sur la Russie n’ont pas ému outre mesure Trump pour qui« Tout cela en touche une sans faire bouger l’autre», selon la célèbre formule de Jacques Chirac. 

Sans attendre la fin du sommet, Trump a laissé tout ce joli monde rechercher le plus bas dénominateur commun pour se rendre à Singapour où il rencontrera ce mardi le nord-coréen Kim Jong-un. Il aurait pu rester un peu plus longtemps au Canada mais « il a plus sérieux à faire », assurait élégamment un proche de la Maison Blanche. 

Avant de quitter le Canada, Trump a répété que les Etats-Unis avaient été «  exploités pendant des décennies » et a laissé ses conseillers adopter un texte qui accouchait d’un simple « formatage de dialogue ». Le pire avait été évité lorsque Trump depuis son avion a retiré sa signature.

Tout ça pour ça. On comprend l’état de ceux qui ont survécu au calvaire de Charlevoix. Ils ont repris le chemin du retour avec l’enthousiasme d’un convoi funéraire.

En vérité, ce qui s’est passé à Charlevoix est une illustration d’une nouvelle séquence des contradictions inter-impérialistes. Dans les relations internationales, il y a les dominants et les dominés. Et les  dominants sont les Etats-Unis disposant d’une carte-maîtresse : la supériorité militaire et le dollar. En clair, pour Trump, il s’agit non seulement d’assurer la domination états-unienne mais aussi l’écrasement des compétiteurs potentiels. 

« L’Amérique d’abord »reste plus que jamais la règle de Trump. La « réorganisation » à la sauce yankee vise à l’hégémonie états-unienne sur une grande partie du monde. 

Pour en arriver là, Trump mise sur le fait que les Européens ont traditionnellement accepté la subordination. Ainsi pourrait se structurer un nouveau chantier des relations internationales reléguant l’Europe à une zone de seconde classe et ouvrant une nouvelle voie avec la Russie et la Chine. L’Europe serait perdante sur tous les tableaux. 

Rejetée par ceux qui souffrent de la politique d’austérité à tous crins, marginalisée par Trump, distanciée par la Russie et testée par la Chine, l’Europe n’a plus qu’à se reconstruire sur d’autres bases que la recherche du profit et de l’ignorance des aspirations des peuples.

José Fort

8 juin 2018