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Rassemblement régional des Gilets jaunes à Chaumont


26 janvier 2019, Chaumont accueille pour l’ACTE XI, le rassemblement régional des Gilets jaunes. Plus de mille personnes réunies. On s’était un peu perdus de vue depuis le 17 novembre. Voilà une bonne occasion de se retrouver. On est là, toutes générations confondues. Un rendez-vous où se mêlent colère, détermination mais aussi de la fraternité et de la solidarité à revendre... Une belle réussite.



Couvre-feu

Les Chaumontais ont eu bien du mal à reconnaître leur ville en ce samedi  26 janvier. Rues et places désertées, automobiles priées d’aller se garer ailleurs, panneaux de verre des abribus retirés à hâte -plusieurs ont, semble-t-il, été cassés lors de la... dépose-, magasins fermés. Contrôle des véhicules aux abords de la ville. Psychose de peur, la préfecture s’est donné un mal fou pour créer un climat propice aux violences. Seule note réjouissante, la place de la Mairie avait été libérée de ses barrières en bois et on pouvait y apercevoir les beaux pavés que les Chaumontais aiment à fouler les jours de manifestation ou de protestation...

La plupart des boutiques étaient fermées ; la presse locale cite le chiffre de 80%. Notons que quelques braves commerçants considérant sans doute comme pas mal d’habitants que trop c’est vraiment trop avaient laissé leur porte ouverte et se tenaient fièrement devant leur échoppe lors du passage des Gilets jaunes. Refuser la bêtise et l’obscurantisme est un acte de résistance...


Violences…

Tout est calme. Malgré le déploiement de gardes mobiles et de policiers. Les forces de police sont là car les Gilets jaunes, n’est-ce pas, sont par nature violents, imprévisibles. C’est ce qu’il faut faire croire. Parfois, même dans les rangs des manifestants, les réflexions sont teintées d’un brin de «racisme». Les Chaumontais, ça va, on les connaît - du moins on croit-, ils sont calmes, parés de toutes les vertus, mais... Et avec ce mais on regarde vers Saint-Dizier, Bar-le-Duc et ailleurs... On est toujours l’étrange étranger de quelqu’un.


Castaner (copieusement conspué tout au long du parcours) qui s’y connaît en poker a décidé de jouer la carte de l’intimidation, de la menace. Autant de choses qui n’ont rien à voir avec la sécurité des biens et des personnes. Cette démonstration de force est ressentie comme une véritable provocation pour n’importe quel citoyen normalement constitué. Nous voilà tous des casseurs en puissance.

Les retraités, nombreux dans la manifestation, n’ont pu s’empêcher d’évoquer, cinquante ans après, Mai-juin 68 et une autre façon de gérer les manifestations en Haute-Marne alors que ne l’oublions pas, De Gaulle était à Colombey.

Faut-il rappeler que la première des violences est de faire peur aux citoyens, leur laisser croire que les manifestants veulent, comme des hordes barbares, tout casser sur leur passage. La peur que l’on provoque, que l’on fabrique avec des décors montés de bric et de broc et qui s’insinue peu à peu dans les cerveaux jusque parfois à faire perdre le sens commun. C’est ainsi que l’on verse dans les sociétés autoritaires et répressives ou dans des républiques bananières


La force tranquille

«Stop à la violence» Noir sur blanc. Une banderole en tête de la manifestation portée par le groupe des Gilets jaunes d’Ashton-Chaumont qui était chargé de la logistique et du bon déroulement de la manifestation. Et, ouvrant le cortège, une Marianne enchaînée. Mot d’ordre simple et symbole fort pour dire la situation du pays en ce début d’année 2019. Toute la colère d’un peuple exprimée en ces deux images.

Comme par anticipation, les Gilets jaunes de Chaumont ont voulu apporter réponse à la misérable mise en scène de la journée concoctée par le pouvoir via la préfecture. Les manifestants n’ignoraient pas ce que voulait le pouvoir macronien : discréditer un mouvement qui, malgré la violente répression, les coups-fourrés en tous genres, le mépris, les insultes reste cher aux cœurs des Françaises et des Français parce qu’il porte les valeurs de la justice sociale, de la fraternité, de la solidarité, de la démocratie.


Pense-t-on vraiment chez les dir-cab ou les énarques en communication de l’Élysée que montrer un Macron sautillant comme un troll de ville en ville devant des élus qui n’en reviennent pas d’être soudain aussi bichonnés et, à l’opposé les gilets jaunes un peu fatigués, prêts à tout casser que des centaines de pandores n’arriveraient pas à calmer serait de nature à redorer le blason d’un gouvernement et d’un premier ministre au plus mal avec leur popularité.

On va attendre que s’épuisent les petits effets d’un grand débat que Macron a taillé sur mesure pour lui-même, un grand débat où il se contente de s’écouter parler, où il ne répond à aucune question venant des ronds-points et où il essaie péniblement de justifier sa politique tout acquise au CAC 40, aux banquiers et à l’Europe ultra-libérale.


Le cortège constitué pour l’essentiel de Haut-Marnais a fustigé la violence d’état, inadmissible. Sur les escaliers, place de la mairie, des manifestants, peinture rouge sang sur les mains brandissent les photos des Gilets jaunes victimes de violences policières depuis le début du mouvement : des centaines de citoyens blessés à la tête, mains arrachées, éborgnés, sans compter les morts, les humiliations, les arrestations… Sur ce point, il faut lire avec attention l’enquête du journaliste David Dufresne qui a dressé le bilan -terrifiant- de ces trois mois de révolte populaire (https://www.mediapart.fr/ ou http://www.davduf.net/).


Stop à la violence

Si le mot d’ordre « Stop à la violence était au cœur de la manifestation régionale de l’acte XI, la journée a également été très ancrée dans les doléances et préoccupations des Gilets jaunes au plan économique, social, environnemental et politique. Les haltes prévues tout au long du parcours étaient de véritables rappels à l’ordre pour le pouvoir et les pancartes, les banderoles, les inscriptions à même les gilets rappelaient qu’il faut que Macron et son gouvernement arrêtent les coups de com ou les diversions. Au hit parade des doléances exprimés par les manifestants, le retour à l’ISF, le retrait de la CSG pour tous les retraités, le CICE, l’évasion fiscale, les taxes et impôts, le référendum d’initiative citoyenne (RIC). On parlait aussi avec une bonne dose de dépit et beaucoup d’interrogations, des quelques gilets qui ont décidé de faire une liste aux européennes...

Le point d’orgue a été donné avec l’arrêt en gare de Chaumont où les manifestants ont demandé le maintien d’un service public de transport digne de ce nom et l’abandon de la dématérialisation  des guichets et des services prévue par la SNCF. Personne n’a réclamé les bus-Macron !

La manifestation de Chaumont qui s’est déroulée de bout en bout dans le calme est un camouflet pour ceux qui espéraient la réaction des manifestants à un déploiement de force démesuré et tenter ainsi de jeter le discrédit sur les Gilets jaunes.  Elle montre la maturité d’un mouvement qui a su éviter les pièges de la provocation pour s’en tenir à l’essentiel : les doléances auxquelles Macron devra tôt ou tard répondre.

Comme Janus notre préfète possède deux visages, hier celui de la force brutale, casquée et armée et, lors de ces vœux celui de la sagesse philosophique.... on pense alors à cette phrase de La Boétie qu’elle aime à citer : «c'est un extrême malheur d'être sujet à un maître duquel on ne se peut jamais assurer qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en sa puissance d'être mauvais quand il voudra...»


Richard Vaillant 27 janvier 2019


avec l’aide précieuse des amis gilets jaunes avec lesquels il a discuté


Tout le reportage photos de David Jacquel

https://photos.app.goo.gl/GPfojxhSYeT9zhbu6